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AFAENAC Association des Familles Adoptives d'Enfants Nés Au Chili

Quand la police secrète de Pinochet arrosait la presse (http://www.courrierinternational.com/)

Blog de l'AFAENAC

Le grand quotidien chilien El Mercurio et d'autres médias, dont le groupe Copesa [qui détient entre autres le quotidien La Tercera], ont reçu en 1975 de l'argent de la Direction nationale du renseignement [DINA, police politique de la dictature]. Les entreprises de presse ont encaissé des chèques provenant d'un compte secret, riche de plusieurs millions, que l'organisation criminelle possédait dans une banque chilienne au nom de son directeur Manuel Contreras [actuellement emprisonné pour plusieurs crimes liés à la dictature].

Outre El Mercurio et Copesa, les médias bénéficiaires de ces pots-de-vin émis par l'établissement bancaire complaisant sont, selon un rapport de la Cour suprême, les quotidiens Las Ultimas Noticias, le Diario austral, La Nación, La Prensa, mais aussi El Día et La Discusión de Chillán [dans le centre du pays]. Ont également perçu de l'argent les hebdomadaires Qué Pasa et Ercilla, ainsi que les agences de presse étrangères United Press International (UPI) et l'Agence France Presse, et la chilienne Orbe.

Les chèques, sur lesquels apparaît la signature très reconnaissable de Contreras, étaient prélevés sur le compte n° 13280724 domicilié au Banco de Crédito e Inversiones et au nom fictif de la "Direction de réhabilitation nationale, DINAR".

De l'argent en échange du silence

Selon des organisations de défense des droits de l'homme, ces versements réalisés par la DINA à des organes de presse expliquent le silence de ces médias sur les crimes de la dictature, mais ce n'est pas tout : ils témoignent aussi de la complicité de cette presse, qui a fait état de prétendus affrontements s'étant soldés par la mort de militants de gauche, alors que la justice a établi qu'il s'agissait d'assassinats et de disparitions.

Parmi ces affaires figure l'opération Colombo, montée par la dictature autour de 119 prisonniers disparus [assassinés et retrouvés morts en Argentine et au Brésil en 1975]. Certains des médias mis en cause ont rapporté qu'ils avaient été exécutés par leurs propres compagnons en Argentine lors de règlements de comptes internes ou qu'ils étaient morts au cours d'affrontements imaginaires avec la police argentine.

Il y a aussi l'affaire de la Rinconada de Maipú [dans la banlieue de Santiago], dans laquelle des journalistes ont "couvert" la DINA en se faisant l'écho de heurts inventés de toutes pièces avec des agents des forces de l'ordre ; dans les faits, comme l'a montré l'enquête judiciaire, les prisonniers étaient déjà morts quand ils sont sortis [du centre de torture] de la Villa Grimaldi.

Des mises en scène médiatiques

A ces affaires viennent s'ajouter de nombreuses autres mises en scène médiatiques dans lesquelles ces organes de presse de Santiago ont maquillé en tentatives d'évasion ce que les procédures judiciaires et les autopsies ont démontré avoir été des crimes : rappelons les cas de Pisagua, de Temuco, de San Antonio, de Copiapó, de Calama, de Linares ou de Santiago, et la liste n'est pas exhaustive.

Tous les chèques ont été émis en escudos : ce fut la devise chilienne jusqu'au 29 septembre 1975, date à laquelle il céda la place au peso actuel (au cours de 1 peso contre 1 000 escudos).

Le rapport de la Cour suprême sur ce généreux compte bancaire secret est annexé au dossier sur l'affaire Orlando Letelier, ex-ministre de Salvador Allende assassiné à Washington en 1976 par des agents de la DINA. Il passe en revue l'ensemble des mouvements survenus sur ce compte au cours de l'année 1975, époque à laquelle la Direction nationale du renseignement tenait le pays de sa main de fer.

EL MOSTRADOR | JORGE ESCALANTE

Quand la police secrète de Pinochet arrosait la presse (http://www.courrierinternational.com/)

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