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AFAENAC Association des Familles Adoptives d'Enfants Nés Au Chili

Au Chili, scrutin sans surprise attendu ce dimanche

Blog de l'AFAENAC

Par Véronique Gaymard
Les Chiliens se préparent à se rendre aux urnes ce dimanche pour élire leur président et leurs représentants parlementaires. Des élections générales, où l'ancienne présidente Michelle Bachelet de centre gauche fait figure de favorite avec 47% des intentions de vote. Face à elle, huit candidats, dont sa rivale Evelyn Matthei, la mieux placée avec 14% d'intentions de vote, catapultée in extremis par la coalition de droite après la défection de son candidat pour dépression, mais qui sait déjà qu'elle n'a aucune chance de l'emporter.

Deux femmes figurent en tête des intentions de vote de ce scrutin présidentiel. L'une Michelle Bachelet - centre gauche - est la fille du général Alberto Bachelet, arrêté et mort sous la torture en 1975. Présidente du Chili de 2006 à 2010, sa cote de popularité à la fin de son mandat dépassait les 80%. L'autre, Evelyn Matthei, est la fille d'un général qui, lui, a accompagné le régime Pinochet. Elle avait bruyamment manifesté lors de l'arrestation du Général Pinochet à Londres en 1998. Membre du parti conservateur UDI, l'Union démocrate indépendante, sénatrice jusqu'en 2011, elle est entrée au gouvernement de Sebastian Piñera où elle était ministre du Travail.

Michelle Bachelet représente sans ambiguïté et sereinement la coalition de centre gauche, une alliance de socialistes, démocrates-chrétiens et communistes. Evelyn Matthei en revanche n'a pas été le premier choix de la coalition de droite, parachutée après l’éviction puis la défection de ses candidats. Une droite divisée qui veut surtout empêcher que Michelle Bachelet ne mène à bien son programme en trois axes, pour « réduire les inégalités et moderniser le Chili » dit-elle, et « construire un Chili plus inclusif »: réforme de la Constitution héritée de l'ère Pinochet, réforme fiscale, éducation supérieure gratuite et de qualité.

Evelyn Matthei veut se placer au centre droit

Evelyn Matthei de son côté a voulu présenter une image centriste de la droite, avec un programme en sept points où elle reprend l'idée de l'accès plus équitable à l'éducation, la création d'emplois, et même la subvention des transports publics. « Son programme est centriste, presque social-démocrate », souligne Eugenio Tironi. « Elle a déclaré que ce qu’elle souhaite pour le Chili, est un modèle proche des pays scandinaves ou de l’Allemagne. C’est une idée qui a commencé à s’immiscer au sein de la droite à partir de son expérience acquise au gouvernement », explique Eugenio Tironi.

Mais « elle n’est pas d’accord avec la réforme de la Constitution, ni avec l’idée d’une Constituante », rappelle l’analyste politique Guillermo Holzmann. « Au mieux, elle serait d’accord pour effectuer certains changements nécessaires ». Evelyn Matthei par ailleurs ne voit pas l’utilité d’une réforme fiscale, « elle considère plus importante la création d’emplois » alors que Michelle Bachelet insiste, elle, « pour que ceux qui ont le plus de richesses payent plus d’impôts, ce qui permettrait de financer les réformes de l’éducation et d’apaiser les tensions sociales ».

La droite chilienne fragmentée et en crise d’identité

Mais Evelyn Matthei est loin de représenter une droite chilienne unie. La droite semble désormais très fragmentée et en perte de repères. Les commémorations du 40e anniversaire du coup d’Etat du 11 septembre ont largement contribué à délégitimer encore plus l'aile dure de la droite d'autant que Sebastian Piñera s'est démarqué des siens, laissant entendre que certains avaient été des témoins passifs des violations des droits de l'Homme, y compris Evelyn Matthei d'ailleurs.

Néanmoins, selon Eugenio Tironi, sociologue chilien et professeur invité à l'Institut des Hautes Etudes d'Amérique Latine, le bilan des quatre dernières années est tout de même que « l'idée que la droite ne peut gouverner qu'en dictature a été détruite ». De son point de vue, « le gouvernement de Piñera a été une continuité et pas une rupture avec la « Concertación », ce qui a cassé cette idée préconçue sur le fait que la droite ne pourrait prendre la tête de l'Etat que pour le démanteler ». Mais cela a laissé la droite sans idéologie. Et en outre « Piñera, avec les commémorations des 40 ans du coup d'Etat l'a privée d'histoire. Elle n'a plus de projet, plus d'histoire, elle est fragmentée. »

La droite avance en effet en ordre dispersé pour la présidentielle. Sa coalition ne soutient pas d’un bloc la candidature d’Evelyn Matthei, plusieurs hauts responsables de partis ont affiché publiquement leurs divergences dans les médias. D’autre part, plusieurs représentants de la droite se présentent sur une liste indépendante, dont l’économiste Franco Parisi, crédité de près de 10% des voix.

La droite mise sur les parlementaires pour bloquer le plan de Michelle Bachelet

Sachant pertinemment qu'elle ne pourra pas gagner la présidence, la droite se concentre donc sur les élections parlementaires comme l'explique Eugenio Tironi. « Au Chili, nous avons un système électoral très curieux, un système binominal, qui fait qu'une minorité peut avoir une capacité de veto presque absolue. Donc les partis de droite se sont concentrés sur les élections parlementaires pour éviter que Bachelet ne mène à bien son programme qu'ils considèrent comme une tentative de démanteler leur modèle libéral. Et finalement ils ont laissé Evelyn Matthei toute seule. Car la droite veut par dessus tout protéger ses parlementaires. »

Le poids des jeunes et des étudiants

En 2011, des milliers d’étudiants sont descendus dans les rues pour exiger la gratuité de l'enseignement supérieur, dans un pays où les études sont essentiellement gérées par le secteur privé, suite à une réforme mise en œuvre en 1980 qui avait libéralisé le secteur, une réforme héritée de l’ère Pinochet. Des jeunes qui critiquent le système éducatif et la dégradation du système de santé, qui ont aussi manifesté un ras-le-bol de se sentir exclus.

Certains s’affichent clairement contre le système et ne se déplaceront pas aux urnes, mais d'autres dont des dirigeants de ces mouvements à l’instar de Camila Vallejo, présidente de la Fédération des Etudiants de l’Université du Chili, se présentent même aux élections parlementaires. Pour ces élections, ils entendent peser dans la balance, souligne le sociologue Eugenio Tironi. « Les étudiants revendiquent l'importance de l'éducation publique et le droit à la gratuité, mais aussi la réforme constitutionnelle, et la réforme fiscale. En fait, ce programme n'est pas le fruit d'une réflexion de Michelle Bachelet lorsqu'elle était à New York et qu'elle dirigeait l'Onu Femmes. Ce programme s'inspire directement des rues de Santiago, et des centaines de milliers d'étudiants qui l'ont impulsé. Bachelet est aujourd'hui près de remporter l'élection présidentielle car elle a fait la synthèse entre une série de revendications historiques du centre gauche et celles que les étudiants ont mises sur la table ».

La crainte de l’abstention

Jusqu'en 2012, le vote était obligatoire au Chili. Mais il est désormais sur la base du volontariat, y compris l'inscription sur les listes électorales. Impossible de savoir quel pourcentage des 13 millions et demi de votants se déplacera aux urnes, même s'il n'y a pas de surprise sur l'issue du scrutin, selon Eugenio Tironi. « La seule inconnue est de savoir si Bachelet va gagner au premier tour, ce qui serait un événement important car remporter plus de 50% des voix alors qu'il y a en tout neuf candidats, c'est très difficile ». Sinon elle pourrait gagner haut la main sans atteindre les 50%, il y aurait donc un second tour. Lors de ses derniers rassemblements, Michelle Bachelet a martelé : « Nous devons nous mobiliser car on peut gagner au premier tour ! »Alors que sa principale rivale de droite Evelyn Matthei tentait de mobiliser ses sympathisants: « Il y aura un second tour, on compte sur vous ». En revanche, ce que tous les candidats redoutent, c'est un fort taux d'abstention.

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