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AFAENAC Association des Familles Adoptives d'Enfants Nés Au Chili

À l’ombre d’Allende

Blog de l'AFAENAC
À l’ombre d’Allende

Quinzaine des Réalisateurs 2015 à Cannes : Allende mi abuelo Allende, de Marcia Tambutti Allende



Si la figure de Salvador Allende est bien connue dans le monde, on le doit en grande partie aux travaux documentaires de Patricio Guzman. Avec ce documentaire, la réalisatrice choisit une toute approche en raison de son identité personnelle : elle est l’une des petites-filles de Salvador Allende. Le processus d’investigation conduit très rapidement Marcia Tambutti Allende à partir de la figure iconique de son grand-père pour s’intéresser aux membres de sa famille avec une place toute particulière accordée à sa grand-mère, la veuve d’Allende. Si la petite-fille part en quête de son grand-père en interrogeant sa famille, c’est qu’un lourd secret semble planer sur chacun. De par son statut de personnage politique, référence indépassable pour tous les partis de gauche internationaux, Salvador Allende est inséré symboliquement au sein de très nombreuses familles aux quatre coins du monde. Dès lors, interroger le passé n’est plus aisé lorsque celui-ci n’appartient plus tout à fait à une famille à part entière. Apparaissant à l’écran, Marcia Tambutti Allende va interroger les membres de sa famille renouant aussi bien avec le passé que le présent de la famille. Peu à peu sous nos yeux, elle reconstitue un album vivant de la famille. Et cet album de famille, la réalisatrice, bien consciente de la place de son grand-père pour de nombreux inconnus, le partage bien généreusement avec le public. Le documentaire est construit essentiellement par des entretiens (dialogue en face-à-face avec la réalisatrice) et des images d’archives, fixes ou mouvantes, où l’on voit son grand-père. Le récit suit une progression où les informations sont peu à peu révélées, ce qui tient en haleine le spectateur, attiré autant par les informations que les émotions que génère le film. Derrière le personnage public de grande notoriété, se cachait dans son ombre plusieurs femmes : sa femme et ses filles. Ce documentaire apparemment très intimiste n’en révèle pas moins un engagement politique consistant à redonner une place à la femme dans l’espace politique. Et en faisant renaître un espace de communication avec sa famille après avoir vaincu les fantômes et tabous du passé, Marcia Tambutti Allende permet à tous les spectateurs de renouer eux-mêmes avec un passé traumatique. Le documentaire s’approche de l’expérience thérapeutique de la psychanalyse où la révélation des maux passés libère l’individu, qui pourrait bien être par-là même une belle métaphore de la tentative de renouer avec les liens sociaux de toute communauté à l’instar de l’Unité populaire d’Allende.

Le documentaire de Marcia Tambutti Allende est un récit haletant ponctué par diverses révélations, au fil des confessions et des liens noués avec les interlocuteurs. Même si ce processus est émouvant, il évite tout excès lacrymal pour rester dans le sain équilibre de la pudeur. Ce premier long métrage est une belle réussite qui bénéficie en outre de l’inoubliable et fascinante composition originale de Leonardo Heiblum.



Allende mi abuelo Allende

de Marcia Tambutti Allende



langue originale : espagnol

scénario : Paola Castillo, Bruni Burres, Valeria Vargas, Marcia Tambutti A.

image : David Bravo, Eduardo Cruz Coke, Daniel Dávila

son : Roberto Espinoza, Cristián Larrea, Juan Pablo Manríquez

montage : Titi Viera Gallo, Coti Donoso

musique : Leonardo Heiblum, Jacobo Lieberman

Production : Errante (Chili)

Coproduction : Martfilms (Mexique), Fragua Cine (Mexique)

Distribution : Bodega Films

Vente internationale : Doc and Film International

http://blogs.mediapart.fr/

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