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AFAENAC Association des Familles Adoptives d'Enfants Nés Au Chili

Expérience paternelle adoptive et liens d'attachement père-enfant au Chili

Blog de l'AFAENAC
Expérience paternelle adoptive et liens d'attachement père-enfant au Chili

Introduction

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Dans le cadre de la recherche en psychologie, l’étude du développement de l’enfant adopté en prenant des échantillons non-cliniques est un sujet récemment exploré (van Ijzendoorn & Juffer, 2006). De même, l’expérience de la paternité adoptive, au-delà des contraintes associées à la démarche adoptive ou au vécu de la stérilité, reste un thème peu connu (Hinojosa, Sberna & Marsiglio, 2006). En outre, le sujet des relations d’attachement des enfants adoptés a été abordé en favorisant l’analyse du lien mère-enfant (Dontas, Maratos, Fafoutis & Karangelis, 1985 ; Singer, Brodzinsky, Ramsay, Steir & Waters, 1985) et peu de travaux ont examiné le lien d’attachement père-enfant. Au sein du modèle théorique de l’attachement, l’étude des modèles internes opérants (M.I.O.) d’attachement (Bowlby, 1978) des parents et leur lien avec ceux de leurs enfants a constitué un nouvel objet de recherche. Dans le domaine spécifique de l’adoption, le nombre de travaux qui étudient la transmission intergénérationnelle de l’attachement entre la mère adoptive et l’enfant adopté reste restreint (Dozier, Stovall, Albus & Bates, 2001 ; Steele, Hodges, Kaniuk, Hillman & Henderson, 2003) et, à notre connaissance, une seule recherche étudie cette transmission dans la relation père-enfant adopté (Ongari & Tomasi, 2001). Par ailleurs, les études publiées dans le domaine ont été réalisées à partir de familles adoptives provenant d’Amérique du Nord et d’Europe de l’Ouest. Or, les aspects socioculturels sont des éléments importants à prendre en considération dans l’analyse de résultats issus d’autres populations. Ainsi, la présente étude a pour objectif d’apporter des éléments spécifiques à la compréhension des liens d’attachement père-enfant et de la paternité adoptive dans une population chilienne.

Etat de la question

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L’état actuel des travaux sur la qualité des relations d’attachement des enfants adoptés signale que ceux-ci peuvent créer ces liens avec leur figure d’attachement principale (la plupart du temps, la mère adoptive), surtout lorsqu’ils sont adoptés avant l’âge de six mois, moment où le bébé commence à créer un lien avec une figure particulière et s’ils n’ont pas vécu plusieurs placements avant l’adoption, ni des expériences difficiles durant une période prolongée (Bowlby, 1954 ; Chisholm, 1998 ; Chisholm, Carter, Ames & Morison, 1995 ; Dontas et al., 1985 ; Juffer & Rosenboom, 1997 ; Singer et al., 1985). La méta-analyse de van Ijzendoorn et Juffer (2006) conforte ces résultats, mais considère que l’adoption dite « précoce » correspond à celle effectuée pendant la première année de vie de l’enfant, alors que l’adoption « tardive » correspond à celle réalisée ultérieurement. Les enfants adoptés tardivement tendent à être plus insécurisés, surtout s’ils n’ont pas créé auparavant un lien sécurisé avec un caregiver ou s’ils ont été victimes d’abus ou de maltraitance. Dans ce cas, la relation que l’enfant fonde avec ses parents adoptifs se construit sur la base des expériences insatisfaisantes, lesquelles ont un impact sur ces nouveaux liens (van Ijzendoorn & Juffer, 2006).

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La transmission intergénérationnelle de l’attachement, quant à elle, a été démontrée dans les dyades mère-enfant (Miljkovitch, Pierrehumbert, Bretherton & Halfon, 2004 ; Steele, Steele & Fonagy, 1996), alors que la transmission de l’attachement père-enfant, serait moins active que pour la mère (Grossmann, Grossmann, Fremmer-Bombik, Kindler, Scheurer-Englisch & Zimmermann, 2002 ; van Ijzendoorn & de Wolff, 1997), voire non significative (Miljkovitch et al., 2004). Néanmoins l’étude récente menée par Bernier et Miljkovitch (2009) montre que la transmission père-enfant est plus significative lorsque le père prend le rôle de la figure d’attachement principale.

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Par ailleurs, le processus de parentalisation chez les pères a été étudié sous la forme de l’« expérience paternelle » dans les travaux de Devault (Devault & Gratton, 2003) et Zaouche-Gaudron (Zaouche-Gaudron, Devault & Benaitier, 2003 ; Zaouche-Gaudron, Jayr & Kettani, 2005). Ce terme correspond à la représentation que se fait le père de lui-même et du monde qui l’entoure en tant que parent (Fresno, 2006). L’expérience paternelle est déterminée par un ensemble de facteurs ou « trajectoires » qui sont à l’origine du processus de parentalisation et qui sont présentes tout au long du parcours parental. Cinq trajectoires ont été décrites et analysées dans les travaux de Devault et Gratton (2003) et dans ceux de Zaouche-Gaudron et al. (2005) sur des populations de pères vivant dans des conditions de vie défavorisées. La trajectoire « personnelle » comprend des éléments provenant de l’histoire familiale du père (Houzel, 2002 ; Lebovici, 2002 ; Solis-Ponton, 2002), le rapport avec ses figures parentales et les représentations de l’attachement (Bretherton & Munholland, 1999). La trajectoire « conjugale » intègre l’histoire du couple et la qualité de la relation conjugale actuelle (Cummings & Watson O’Reilly, 1997 ; Frascarolo, 2001). La trajectoire « paternelle » décline le désir d’enfant, la relation du père avec l’enfant réel et l’enfant imaginaire, la façon d’être père par rapport à la mère et la transmission des modèles parentaux. La trajectoire « sociale » comprend les liens entre le père et l’entourage social et familial, culturel et économique (Castelain-Meunier, 2001 ; Sellenet, 2003). Enfin, la dernière, concernant les « projets à venir » du père, correspond aux divers projets sur les plans personnel, paternel, conjugal et familial, ainsi qu’à la mise en œuvre des stratégies pour les réaliser (Devault et al., 2003).

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Ces différentes trajectoires peuvent être vécues différemment par un père biologique et par un père adoptif en fonction des « particularités de la transition vers la paternalité adoptive » (Maury, Barrière, Pineau & Visier, 1995). Ces particularités comprennent des aspects tels que le deuil de la stérilité et le deuil de l’enfant biologique, les expériences difficiles vécues lorsque le couple tente les traitements médicaux pour avoir un enfant biologique et les frustrations associées aux échecs réitérés, les crises du couple à ne pouvoir être un couple parental « ordinaire », l’acceptation de l’adoption comme une voie pour accéder à la parentalité, le processus d’évaluation pour être sélectionné comme des parents adoptifs ou encore l’incertitude par rapport au temps d’attente de l’arrivée de l’enfant, ainsi qu’à la perception pour certains couples adoptifs de recevoir peu de soutien social de l’entourage. De ce fait, nous considérons que ces vécus singuliers, liés à l’adoption, ont une influence sur la construction de la représentation de la paternité et de l’expérience paternelle adoptive.

Problématique

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À la lecture de ce qui précède, l’expérience de la paternité adoptive peut être considérée comme une expérience singulière (Egenau, Hermosilla & Morgado, 1991). Ce faisant, toute expérience paternelle, soit-elle biologique ou adoptive, se fonde sur la base de divers facteurs. L’un d’entre eux est le M.I.O. de l’attachement du père, lequel a une influence sur la façon d’être père (Bretherton & Munholland, 1999). Selon Maury et al. (1995), les pères adoptifs qui ont un M.I.O. de l’attachement sécurisé se sentent plus compétents et ont une image de soi plus positive et peuvent davantage se présenter comme une figure d’attachement sécurisante pour leurs enfants.

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Le processus de transmission intergénérationnelle des représentations de l’attachement dans des filiations non biologiques a été démontré pour la relation mère-enfant (Bernier & Dozier, 2003 ; Dozier, Manni & Lindhiem, 2005 ; Dozier et al., 2001 ; Ongari & Tomasi, 2001 ; Steele et al., 2003). Néanmoins, si les représentations de l’attachement des parents ont un rôle prépondérant dans la formation des modèles de l’attachement des enfants, d’autres variables peuvent avoir une influence sur la qualité de leur M.I.O de l’attachement (Miljkovitch, 2001) telles l’expérience du parentage, la relation de couple ou encore les comportements de l’enfant. Nous considérons que la transmission intergénérationnelle de l’attachement n’est pas déterminée a priori, mais se construit à travers l’expérience paternelle du père adoptif. Pour cette raison, l’expérience paternelle se présenterait comme une variable modulatrice dans la transmission de l’attachement père-enfant.

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Ces éléments théoriques étant posés, nous formulons ainsi l’hypothèse générale de recherche : « La qualité de la représentation de l’attachement du père adoptif influence la qualité de la représentation d’attachement de l’enfant adopté d’âge préscolaire et cette influence est modérée par l’expérience paternelle adoptive »[1]  La présente contribution est issue de la thèse de Doctorat... [1].

Méthode

Population

Caractéristiques de l’échantillon

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L’échantillon se compose de 25 dyades adoptives père-enfant. L’adoption est de type national (familles de nationalité chilienne). Les enfants, 12 garçons et 13 filles, sont d’âge préscolaire au moment de l’étude (âge moyen : 56,72 mois, é.t = 8, 74). L’adoption est de type précoce et la majorité des enfants ont été adoptés avant 8 mois. Les familles adoptives sont biparentales, le couple parental est hétérosexuel et marié et l’adoption est due à l’infertilité du couple. La majorité des pères adoptifs ont suivi des études supérieures et ils ont une moyenne d’âge de 43 ans (é.t. = 4,8).

Mode de constitution de l’échantillon

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L’échantillon a été ciblé en considérant des critères d’inclusion pour les parents et pour les enfants. Ces critères ont été établis à partir de la revue de la littérature scientifique.

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Afin de réduire l’effet que peuvent avoir les caractéristiques de diverses structures familiales, on a considéré des familles dans lesquelles les deux parents sont présents auprès de l’enfant de façon quotidienne. La famille vit dans un milieu urbain et appartient à un niveau socioéconomique moyen ou moyen-élevé, pour prévenir les effets dus aux différences entre milieux favorisé et non favorisé (Zaouche-Gaudron et al., 2005).

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Les enfants sont d’âge préscolaire, moment où l’enfant a déjà construit une représentation de l’attachement (Bowlby, 1984). Ils ont été adoptés dans la première année de vie afin de réduire les effets dus à une adoption tardive (van Ijzendoorn & Juffer, 2006) et ont vécu au maximum deux placements avant d’être adoptés afin de réduire un biais de recherche dû à des placements itératifs pouvant altérer la relation d’attachement (Juffer & Rosenboom, 1997).

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Pour constituer l’échantillon, nous avons contacté les institutions qui gèrent la démarche adoptive au Chili. Grâce à leurs bases de données, un recensement des familles ayant adopté un enfant entre les années 2000 et 2002 à Santiago au Chili a été réalisé (N= 300 familles). Pour un certain nombre d’entre elles, les coordonnées n’étaient pas actualisées. Nous avons contacté les familles restantes par voie téléphonique. Lorsque la famille acceptait de nous accorder un peu de temps pour expliquer la démarche de recherche et remplissait les critères d’inclusion pour faire partie de l’échantillon, nous lui avons proposé de participer à cette étude. Nous avons rencontré beaucoup de résistance de la part des familles et seules 30 familles ont donné leur accord pour nous recevoir ; parmi ce groupe, 3 ont ensuite décidé d’abandonner le projet. Parmi ces 27 familles restantes, 2 ne remplissaient pas tous les critères d’inclusion : 25 familles adoptives ont donc composé l’échantillon de notre étude.

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Un groupe témoin (20 dyades père-enfant biologiques), apparié au plan socio-démographique, a été constitué pour pouvoir le comparer au précédent groupe. Nous avons envoyé une centaine de courriers électroniques aux personnes qui pouvaient nous aider à trouver les familles. Dans ce courriel, nous expliquions les caractéristiques de la recherche et invitions les familles à y participer. Puis, nous avons contacté de façon aléatoire environ 40 familles, dont 30 remplissaient les critères d’inclusion précédemment définis. Parmi elles, 20 familles ont finalement accepté de faire partie de la recherche.

Variables et modes de recueil des données

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La qualité de la représentation de l’attachement de l’enfant est la variable à expliquer, laquelle peut prendre deux modalités : « sécurisée » ou « insécurisée ». Dans la première modalité, l’enfant a la capacité d’activer son système d’attachement lorsqu’il se trouve dans une situation alarmante et le désactive lorsqu’il se sent hors de danger. Dans la deuxième modalité, l’enfant présente des difficultés soit dans la capacité à activer le système d’attachement en cas d’alarme, soit dans la désactivation du système d’attachement une fois la situation stressante terminée. Cette variable a été étudiée à l’aide des « Histoires d’attachement à compléter » de Bretherton, Ridgeway et Cassidy (1990). L’expérimentateur propose à l’enfant six amorces d’histoires qui présentent des situations dans lesquelles le système d’attachement est sollicité pour s’activer et demande à l’enfant de continuer l’histoire à l’aide des jouets qui lui sont proposés. Les histoires des enfants ont été analysées en utilisant la méthode Q-sort (Miljkovitch, Pierrehumbert, Karmaniola & Halfon, 2003), en combinaison avec la méthode « des seuils avec privilège pour la sécurité et la désorganisation » (pour une explication détaillée, voir Zaouche-Gaudron & Pierrehumbert, 2008) qui permet d’établir des catégories de l’attachement : sécurisé/insécurisé. Cependant, pour affiner certaines analyses, nous avons pris cette variable en tant que variable numérique en considérant les scores T obtenus par les enfants dans chaque dimension de l’attachement (sécurisé, insécurisé-désactivé, insécurisé-hyperactivé et désorganisé).

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La variable explicative correspond à la qualité de la représentation de l’attachement du père, laquelle comprend deux modalités « sécurisée » ou « insécurisée ». Une personne ayant une représentation d’attachement « sécurisée » valorise le soutien social, la sécurité et l’implication relationnelle. Au contraire, une personne qui a une représentation « insécurisée » de l’attachement peut se montrer indifférente et désengagée émotionnellement des relations interpersonnelles ou bien elle montre une dépendance relationnelle et une perte de l’autonomie. Cette variable a été examinée en utilisant le questionnaire d’attachement adulte CaMir (Pierrehumbert, Karmaniola, Sieye, Meister, Miljkovitch & Halfon, 1996), avec la version adaptée à la population chilienne (Santelices, Ramirez & Armijo, 2006). Ce questionnaire auto-administré, en format Q-sort, comprend 72 items qui explorent les stratégies relationnelles de l’attachement du sujet sur la base de 13 échelles en rapport avec ces stratégies. Les qualités psychométriques de l’instrument montrent que la consistance interne des échelles est appropriée (alpha de Cronbach 0.70 — 0.85 pour 12 échelles). Quant à l’adaptation chilienne, la consistance interne des échelles est adéquate (alpha de Cronbach 0.72 — 0.84 pour 10 échelles). Cet outil permet donc de travailler avec les stratégies d’attachement sous la forme de catégories (sécurisé/insécurisé) ou en tant que variable continue en considérant les scores T obtenus par le sujet pour les dimensions de l’attachement.

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La variable intermédiaire concerne l’expérience paternelle adoptive (et biologique pour les pères du groupe témoin), laquelle se compose des trajectoires personnelle, conjugale, paternelle, sociale et les projets à venir. Pour l’examiner, nous avons adapté l’outil « Récits de vie père » (Devault & Zaouche-Gaudron, 2003) sur la base des particularités de l’expérience paternelle adoptive. L’analyse des entretiens est réalisée à partir de l’adaptation, pour la population chilienne, de l’arbre de codification utilisé par Zaouche-Gaudron, Rouyer & Troupel (2006). Afin de réaliser le travail de catégorisation, après avoir transcrit l’ensemble des entretiens, nous avons répertorié dans le logiciel Atlas-Ti, version 5.2., les catégories de l’arbre de codification correspondant à la grille d’entretien « l’expérience paternelle adoptive ». Ensuite, nous avons organisé les données correspondant à chaque catégorie en les regroupant selon les cinq trajectoires de l’expérience paternelle. Puis, chaque trajectoire a été qualifiée selon trois modalités : « plutôt satisfaisante », « moyennement satisfaisante » ou « peu satisfaisante ». À travers cette analyse par catégories, on a repéré les modalités de la variable « expérience paternelle ». Pour certaines analyses, cette variable a été transformée en variable numérique en considérant un « score d’expérience paternelle ». Pour le déterminer, les cinq trajectoires ont reçu un score : « plutôt satisfaisante » (score = 10 points), « moyennement satisfaisante » (score = 5 points) ou « peu satisfaisante » (score = 1 point). Ensuite, nous avons effectué la somme des scores des trajectoires pour obtenir le score de l’expérience paternelle. Ainsi, nous avons créé un continuum du score de l’expérience paternelle qui va de 5 points (quand les trajectoires sont évaluées comme « peu satisfaisantes ») à 50 points (quand les trajectoires sont « plutôt satisfaisantes »). Certaines analyses ont par ailleurs été réalisées en considérant le score de chaque trajectoire séparément.

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Nous proposons de considérer cette variable intermédiaire comme une variable « modératrice » de la transmission intergénérationnelle de l’attachement. Unmodérateur est une variable qui module l’effet de la variable indépendante. Dans le cas présent, la variable « représentation d’attachement du père » « modère » la variable dépendante « représentation d’attachement de l’enfant ». Le modérateur peut exercer un effet sur la direction ou sur l’intensité de la relation entre ces variables (Rascle & Irachabal, 2001).

Principaux Résultats

Les représentations d’attachement des enfants et de leur père

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La majorité des enfants adoptés ont des représentations d’attachement sécurisées, bien que leur sécurité affective apparaisse moins saillante que pour les enfants biologiques (tableau 1).

Tableau 1 - Distribution des catégories d’attachement chez les enfants adoptés et les enfants biologiques : fréquences et pourcentagesTableau 1
 
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Les filles issues du milieu familial biologique ont moins de représentations d’attachement « insécurisées » que les garçons, alors que les filles adoptées montrent autant de représentations d’attachement « insécurisées » que les garçons du même groupe (tableau 2).

Tableau 2 - Répartition des catégories de l’attachement chez les enfants adoptés et biologiques selon le sexe de l’enfant : fréquences et pourcentagesTableau 2
 
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En ce qui concerne la représentation d’attachement des pères, la majorité des pères adoptifs et la totalité des pères biologiques ont une représentation de l’attachement sécurisé (tableau 3).

Tableau 3 - Répartition des catégories de l’attachement dans le groupe des pères adoptifs et dans le groupe des pères biologiques : fréquences et pourcentagesTableau 3
 

La transmission intergénérationnelle de l’attachement père-enfant

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Les résultats montrent que la qualité de la représentation de l’attachement du père adoptif n’exerce pas d’influence sur la qualité de la représentation de l’attachement de l’enfant adopté. Le test du Khi-2 ne permet pas d’affirmer l’existence d’une association significative entre les variables [X² (1, N = 25) = 0,63 ; p = 0,80]. Ces résultats sont aussi retrouvés pour les dyades père-enfant du groupe témoin et ils sont semblables pour les garçons et pour les filles des deux groupes.

L’expérience paternelle

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De façon générale, les résultats obtenus indiquent que les pères adoptifs sont plutôt satisfaits de leur expérience de la paternité adoptive (tableau 4) et de chacune des trajectoires (tableau 5), sauf pour la trajectoire conjugale où les pères biologiques seraient plus satisfaits, mais ces différences ne sont pas statistiquement significatives.

Tableau 4 - Répartition des « modalités de l’expérience paternelle » dans le groupe des pères « adoptifs/biologiques » : fréquences et pourcentagesTableau 4
 
Tableau 5 - Répartition des modalités des trajectoires de l’expérience paternelle dans le groupe des pères adoptifs et dans le groupe des pères biologiques : fréquences et pourcentagesTableau 5
 

L’attachement paternel et l’expérience paternelle[2]  Dans cette partie, nous présenterons les résultats... [2]

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Le rapport entre l’attachement paternel et l’expérience paternelle adoptive révèle un lien significatif, attesté par le test du Khi 2 [X² (2, N = 25) = 7,008 ; p = 0,030] qui exprime une association entre ces variables. Cette association est aussi rencontrée pour la population des pères adoptifs des filles [X² (1, N = 13) = 5,958 ; p = 0,051], mais dans ce cas, il s’agit d’une tendance significative.

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Pour examiner la relation entre l’attachement paternel et les trajectoires de l’expérience paternelle, nous avons utilisé des régressions linéaires des scores de sécurité de l’attachement des pères adoptifs sur les scores des trajectoires. Seule, la trajectoire personnelle est significativement liée au score de la dimension « sécurité » des pères adoptifs. En fait, la régression linéaire indique une corrélation positive modeste (0,549). Ce modèle présente un ajustement moyen aux données réelles et explique 27,1 % de la variance (R2 ajusté = 0,271). Le test designificativité de l’ANOVA [F (1,23) = 9,933 ; p = 0,004] signale que le lien trouvé est statistiquement significatif. Ainsi, les résultats montrent un lien entre la capacité des pères adoptifs à élaborer un discours où leurs expériences sont intégrées d’une façon adéquate et la « sécurité » des représentations de l’attachement.

Test de l’effet modérateur de l’expérience paternelle

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Pour tester l’effet modérateur, on a réalisé une analyse de la variance à deux facteurs qui est la méthode la plus traditionnellement utilisée[3]  Pour la population témoin, l’ensemble des pères a présenté... [3] (Baron & Kenny, 1986). Cette analyse ne révèle pas d’interaction significative entre les variables « représentation de l’attachement du père adoptif » et « expérience paternelle adoptive » [F (1,25) = 0,669 ; p = 0,423]. Ainsi, l’expérience paternelle adoptive n’apparaît pas comme une variable modératrice dans la transmission de l’attachement père-enfant.

Discussion

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Contrairement à nos hypothèses, les résultats n’indiquent aucune association entre la qualité des représentations de l’attachement des pères adoptifs et celle des enfants adoptés (ceci est aussi valable pour la population témoin). Ces résultats sont en accord avec ceux des deux études menées par Miljkovitch et al. (2003, 2004), auprès d’une population de dyades biologiques père-enfant. L’absence d’association entre l’attachement des pères et des enfants peut être expliquée par la méthodologie utilisée. En effet, certains chercheurs (Grossmann et al., 2002 ; Miljkovitch & Pierrehumbert, 2005 ; Paquette, 2004) signalent que l’étude de l’attachement père-enfant et de la transmission intergénérationnelle par la voie paternelle requiert l’utilisation d’outils de recueil des données appropriés aux caractéristiques de ce lien (non existants) et non pas l’application d’outils élaborés en direction de la relation mère-enfant.

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En ce qui concerne l’attachement des enfants, 60 % des enfants adoptés présentent une représentation de l’attachement sécurisé. Ce pourcentage élevé pourrait être expliqué par le fait que les enfants de l’échantillon ont bénéficié d’une adoption précoce, ce qui, d’après van Ijzendoorn et Juffer (2006), constitue un facteur protecteur pour le développement socio-affectif des enfants adoptés, notamment pour la qualité de l’attachement. Néanmoins, bien qu’au plan statistique il n’existe pas d’association significative entre la sécurité/insécurité de l’attachement et le groupe d’appartenance des enfants (adoptif ou biologique) 40 % des enfants adoptés montre une représentation de l’attachement insécurisée. Ainsi, même avec une adoption précoce, les enfants de notre échantillon ont pu expérimenter l’absence d’une continuité des caregiversinstitutionnels, ce qui peut les amener à établir un lien d’attachement plus insécurisé (Howe, 2001).

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L’expérience paternelle des pères adoptifs apparaît pour sa part plutôt satisfaisante. Ceci peut être expliqué, en partie, par la motivation de ces hommes à devenir pères et pour s’investir auprès de leurs enfants. En effet, dans leurs discours, les pères biologiques rencontrés tendent à rapporter que, pour eux, la paternité est « arrivée » comme une suite logique suite à leur mariage afin de former une « vraie » famille alors que les pères adoptifs affirment avoir pris le choix de devenir père à travers l’adoption après avoir réfléchi sur la motivation pour la paternité et sur le sens de la paternité dans leur vie.

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Un autre résultat intéressant en rapport avec la « trajectoire personnelle » concerne la capacité de pères adoptifs à parler des expériences douloureuses vécues tout au long de leur vie, la capacité à les surmonter et à les élaborer dans un discours cohérent. Nous estimons que ces compétences peuvent être en rapport avec la sécurité des représentations de l’attachement des pères adoptifs de notre échantillon. Ce sont des compétences similaires à celles décrites par George, Kaplan et Main (1985) lors de la description du prototype de l’attachement sécurisé chez l’adulte. La plupart des pères adoptifs rencontrés présentent, en effet, une représentation de l’attachement sécurisée et nous émettons l’hypothèse que ceci peut être en rapport avec la capacité des pères adoptifs de notre population à surmonter des difficultés et à élaborer ces expériences dans un discours cohérent.

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Ainsi, il apparaît qu’au moment de l’étude, les pères adoptifs sont satisfaits de leur paternité, même si des inconvénients passés ont été décrits, notamment pour ce qui concerne la trajectoire conjugale. Tout d’abord, rappelons que la transition vers la parentalité a été décrite comme une période critique pour le couple conjugal, même pour les couples biologiques qui ont un niveau élevé de satisfaction conjugale (Schulz, Cowan & Cowan, 2006). En considérant ces éléments, il est envisageable que pour les pères adoptifs, des aspects de leur transition vers la paternité aient eu un impact sur la relation du couple, tels le parcours médical, le vécu de l’infertilité, l’isolement du couple du réseau social, la frustration due à l’impossibilité d’accéder à la paternité biologique, l’évaluation pour être des parents adoptifs et la période d’attente de l’arrivée de l’enfant. Pendant ce temps, des conflits conjugaux peuvent survenir, tout comme des questionnements sur la motivation à continuer dans ce projet commun. Ainsi, les obstacles rencontrés par les couples adoptifs peuvent induire une « trajectoire conjugale » moins satisfaisante que celle des couples qui n’ont pas vécu ces événements (Azocar & Calcagni, 2000 ; Egenau et al., 1991 ; Maury et al., 1995 ; Verdier, 1994).

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Par ailleurs, les résultats montrent que la trajectoire paternelle des pères adoptifs est plutôt satisfaisante. Cet aspect peut être expliqué par le fait que les pères que nous avons interviewés ont des enfants d’âge préscolaire avec lesquels ils peuvent interagir davantage que lorsqu’ils étaient de tout jeunes enfants. Les pères disent avoir le sentiment de prendre une place plus importante qu’auparavant auprès de l’enfant et partagent à présent plus d’activités avec eux dans plusieurs domaines. Au Chili, la place du père dans l’éducation de l’enfant pendant la prime enfance est souvent réduite (Olavarría, 2001) et la culture chilienne reste encore une société très marquée par le « machisme » et la division des tâches entre la mère et le père (Olavarría, 2001). Cependant, à partir de la troisième année de vie de l’enfant, on repère dans le discours des pères une nette augmentation dans les activités réalisées auprès de leurs enfants. Ainsi, le fait de se sentir proches et impliqués auprès de leur enfant peut expliquer la satisfaction des pères dans cette trajectoire.

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En ce qui concerne la trajectoire sociale, les pères indiquent se sentir soutenus par leur environnement social surtout lorsque la famille accepte la filiation adoptive et accueille l’enfant comme « l’un des leurs ». Ce résultat permet de pointer l’importance de la famille élargie et du réseau social comme autant de facteurs de protection de la paternité adoptive. Néanmoins, certains des éléments examinés par les trajectoires « sociale » et « projets à venir » se présentent comme des aspects perturbateurs du vécu de l’expérience paternelle actuelle. Parmi ceux-ci, les pères en indiquent trois principaux déjà signalés par la littérature sur l’adoption (Azocar, Aspillaga, Martinez, Rodriguez, Villouta & Manili, 2002 ; Giberti, 2001). Il s’agit de la révélation de l’adoption à l’enfant, de sa révélation aux autres personnes du réseau social et du sujet des origines de l’enfant et de la possibilité que l’enfant veuille, dans le futur, rechercher ses parents biologiques. La majorité des pères adoptifs ne rencontrent pas de difficultés sur ces aspects et seule une minorité les perçoit comme une source d’angoisse qui interfère avec leur expérience de la paternité. Une hypothèse qui peut aider à expliquer ces résultatsconcerne la durée de l’adoption : il est possible donc que l’arrivée de l’enfant et les années écoulées après l’adoption aient donné aux pères un temps suffisant pour élaborer ces expériences et leur donner un sens.

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L’association entre la qualité de l’expérience paternelle adoptive et la qualité de la représentation de l’attachement des enfants n’apparaît pas validée par nos résultats. Ce résultat s’oppose donc à celui de Levy-Shiff, Goldshmidt et Har-Even (1991) selon lequel la manière du père d’exercer sa paternité aurait une influence sur la qualité de la relation d’attachement de l’enfant adopté. Au moment de l’étude ces variables, telles que nous les avons examinées, ne semblent pas être liées. Est-ce que cela signifie que l’expérience paternelle adoptive n’affecte pas la représentation de l’attachement de l’enfant ? Nous ne sommes pas en mesure d’avancer une réponse à la question posée. Il est possible que les expériences de vie précoces, notamment l’abandon et la discontinuité des caregiversinstitutionnels aient eu un impact dans la construction de la représentation de l’attachement de l’enfant adopté. Cet aspect concerne l’une des limites de cette étude dans la mesure où nous méconnaissons les expériences de vie des enfants avant d’être adoptés et leur influence sur la qualité actuelle de la représentation de l’attachement des enfants.

35

En ce qui concerne les différences rencontrées pour les pères adoptifs selon que leur enfant soit un garçon et ou une fille, nous n’avons pas trouvé d’argument dans la littérature scientifique qui aurait permis d’interpréter le fait que la qualité de la représentation l’attachement du père tende à avoir un effet significatif sur l’expérience paternelle adoptive pour le seul groupe des filles. Des aspects culturels peuvent aider à interpréter ces résultats. Au Chili, certains groupes sociaux donnent plus de valeur au fait d’être père d’un garçon que d’une fille, surtout lorsqu’il s’agit de l’enfant aîné ou unique (comme c’est le cas des familles adoptives de notre échantillon). Ainsi, les pères de garçons peuvent exprimer davantage de satisfaction de leur expérience paternelle adoptive indépendamment de la qualité de sa représentation d’attachement. A contrario, pour les pères des filles, seuls les pères qui ont une représentation de l’attachement sécurisé arrivent à construire une expérience paternelle adoptive satisfaisante. Les pères adoptifs des filles seraient moins capables de construire une expérience paternelle satisfaisante lorsqu’ils ont une représentation de l’attachement insécurisée.

36

Enfin, nous avons constaté une association entre la qualité de la représentation de l’attachement des pères et la satisfaction de l’expérience paternelle, mais cette association ne permet pas d’affirmer le sens de cette influence.

Conclusion

37

L’un des objectifs de cette recherche concernait l’étude de la transmission intergénérationnelle de l’attachement père-enfant. Celle-ci n’a pas été démontrée et nous adhérons aux propositions faites par de nombreux auteurs (Grossmann et al., 2002 ; Miljkovitch & Pierrehumbert, 2005 ; Paquette, 2004) sur la nécessité d’avoir des outils appropriés à l’étude de l’attachement père-enfant.

38

En ce qui concerne la qualité de l’attachement des enfants, nos résultats indiquent que la majorité des enfants adoptés a une représentation de l’attachement sécurisée. Comme le signalent van Ijzendoorn et Juffer (2006), une adoption précoce donne à l’enfant la possibilité de développer des liens d’attachement sécurisés avec les parents adoptifs. Il est capital donc que les institutions qui réalisent les démarches adoptives prennent en compte ces résultats en raison des conséquences positives que représente pour le développement des enfants, le fait de bénéficier d’une adoption précoce.

39

En ce qui concerne l’expérience paternelle adoptive, nous pouvons conclure que celle-ci est une expérience particulière et satisfaisante, même si elle est marquée par une histoire souvent difficile. L’analyse effectuée à partir des trajectoires a permis de cerner, de façon empirique, quelques spécificités de la paternité adoptive, en proposant une approche complémentaire aux approches théoriques précédentes (Hinojosa et al., 2006). Par ailleurs, nous avons constaté certaines différences entre les résultats obtenus pour les pères adoptifs des garçons et des filles, ce qui permet de poser la question des effets liés aux caractéristiques de l’enfant, telles le sexe, sur la satisfaction de l’expérience paternelle.

40

Enfin, les résultats de notre recherche permettent de poser la question de la modification de la qualité des représentations de l’attachement. À partir de l’association signalée entre l’expérience paternelle et la qualité de la représentation de l’attachement des pères adoptifs, il est envisageable que l’expérience de la paternité exerce une influence sur la qualité de la représentation de l’attachement du père. Est-ce que l’expérience de la paternité peut faire changer la qualité des modèles internes opérants (M.I.O.) de l’attachement du père ? Pour la théorie de l’attachement, ces questionnements sur l’évolution du M.I.O. à l’âge adulte sont loin d’être achevés. L’étude de l’influence de la parentalité sur la qualité de la représentation de l’attachement parental contribuerait à élargir la compréhension des processus de l’attachement à l’âge adulte et des possibilités de changements à partir du vécu de nouvelles expériences telles que la parentalité.

41

Ainsi, cette recherche invite à poursuivre l’étude de ce sujet vers des perspectives nouvelles jusqu’à présent peu explorées. Nous pouvons envisager une interdépendance dans la construction des processus psychologiques tels que l’expérience paternelle et la construction des modèles internes opérants de l’attachement du père.


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Notes

[1]

La présente contribution est issue de la thèse de Doctorat NR de Rosario Spencer sous la direction de Chantal Zaouche-Gaudron intitulée : « Attachement, adoption et paternité au Chili : Transmission intergénérationnelle des représentations de l’attachement du père adoptif à l’enfant adopté, âgé de 4 à 5 ans et analyse du rôle modérateur de l’expérience paternelle adoptive », soutenue en 2007, Université Toulouse II.

[2]

Dans cette partie, nous présenterons les résultats qui sont significatif à p < 0.05 ou qui présentent une tendance à être significatif à p <.10.

[3]

Pour la population témoin, l’ensemble des pères a présenté une représentation de l’attachement « sécurisé », ce qui empêche la réalisation du test de la variance ANOVA pour ce groupe.

Résumé

Français

Le but de cette étude est d’examiner l’expérience paternelle adoptive et d’explorer son rôle modérateur dans l’association entre la qualité des représentations d’attachement des pères adoptifs et des enfants adoptés (filles et garçons d’âge préscolaire ; 52,72 mois d’âge moyen). L’échantillon se compose de 25 dyades adoptives père-enfant et d’un groupe témoin (20 dyades biologiques père-enfant) de nationalité chilienne. L’expérience paternelle adoptive a été étudiée à partir d’un entretien semi-structuré (Devault & Zaouche-Gaudron, 2003), la représentation d’attachement des pères a été examinée par le questionnaire d’attachement CaMir (Pierrehumbert et al., 1996) et celle des enfants par la procédure des « Histoires à compléter » (Bretherton, Ridgeway & Cassidy, 1990). Les résultats indiquent que la majorité des enfants adoptés, ainsi que leur père, ont des représentations d’attachement sécurisées. Les pères adoptifs rapportent une expérience paternelle satisfaisante et ce d’autant plus pour les pères des garçons. Il semble que quelques caractéristiques de l’enfant peuvent exercer une influence sur la satisfaction de l’expérience paternelle de certains pères adoptifs. Une association entre la qualité de la représentation d’attachement du père adoptif et le niveau de satisfaction de l’expérience paternelle adoptive est révélée.

Mots-clés

  • adoption
  •  
  • représentation d’attachement
  •  
  • enfant d’âge préscolaire
  •  
  • père
  •  
  • paternité
  •  
  • expérience paternelle adoptive
  •  
  • Chili

English

Adoptive father experience and infant-father attachment in a Chilean sampleThe goal of this study is to examine the “adoptive father experience” and its effect as a moderator variable between father’s attachment representation and child’s attachment representation bond, in a Chilean sample of adoptive families (25 father-child adoptive dyads and a control group of 20 father-child biological dyads). Quality of “adoptive father experience” was examined with an adaptation of “father life story” interview (Devault & Zaouche-Gaudron, 2003), quality of preschoolers’ (boys’ and girls’) attachment representation was assessed with “the attachment story completion task” (Bretherton, Ridgeway & Cassidy, 1990), and quality of father’s attachment representation was measured with the adult attachment questionnaire “CaMir” (Pierrehumbert et al., 1996). Results showed that most of the adoptive infants and their fathers had a secure attachment representation. Fathers of the adoptive group were satisfied with their “adoptive father experience”, and this was more evident for fathers of boys than fathers of girls. Finally, our findings suggest that satisfaction of “adoptive father experience” is associated with the quality of the adoptive father’s attachment representation, and that the child’s characteristics can influence satisfaction of “adoptive father experience” of some adoptive fathers.

Keywords

  • adoption
  •  
  • attachment representation
  •  
  • preschooler
  •  
  • father
  •  
  • fatherhood
  •  
  • adoptive father experience
  •  
  • Chile

Plan de l'article

  1. Introduction
  2. Etat de la question
  3. Problématique
  4. Méthode
    1. Population
    2.  
    3. Variables et modes de recueil des données
  5. Principaux Résultats
    1. Les représentations d’attachement des enfants et de leur père
    2. La transmission intergénérationnelle de l’attachement père-enfant
    3. L’expérience paternelle
    4. L’attachement paternel et l’expérience paternelle2
    5. Test de l’effet modérateur de l’expérience paternelle
  6. Discussion
  7. Conclusion

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