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AFAENAC Association des Familles Adoptives d'Enfants Nés Au Chili

AVORTEMENT - La sensibilisation choc de Miles Chile

Blog de l'AFAENAC

Lepetitjournal.com est allé à la rencontre de Claudia Dides Castillo, directrice de l’ONG féministe Miles Chile. En plein débat sur la dépénalisation de l’avortement, sa campagne choc à base de vidéos « tutoriels » alimente les débats et cherche à faire avancer les mentalités sur cette question controversée

Miles Chile est une ONG de droit privé à but non lucratif créée en 2014. Elle est issue d’un mouvement citoyen qui suit depuis 2010 deux objectifs : ouvrir un débat démocratique sur l’avortement et présenter un projet de loi au Parlement pour légaliser l’avortement thérapeutique dans trois cas: danger pour la femme, malformation du fœtus et viol. Après avoir fait inscrire son projet de loi dans le programme de la Nouvelle Majorité et l’annonce de celui-ci par Michelle Bachelet le 31 janvier dernier, Miles Chile a lancé une campagne de sensibilisation pour alimenter le débat au Parlement. Celle-ci consiste en de courtes vidéos de fiction où des jeunes femmes se jettent délibérément sous les roues d’une voiture ou dans des escaliers pour se faire avorter, dénonçant l’état actuel des choses.

Pour Claudia Dides Castillo, la lutte pour la dépénalisation de l’avortement a commencé en 2010 lorsqu’elle travaillait pour l’organisme Foxa. Lors d’une investigation sur la perception de l’avortement, elle a pris conscience que plus de 65% des Chiliens étaient favorables à une loi légalisant l’avortement dans les trois cas que prévoit le projet actuel. Grâce au soutien de plusieurs élus et d’anciens ministres, son projet est maintenant discuté au Parlement, même si le gouvernement l’a quelque peu modifié. L’essentiel est là, à savoir la légalisation sous trois conditions, et pour Miles Chile c’est déjà une victoire. Mais face à l’opposition systématique de l’UDI, la candidate Evelyn Matthei aux présidentielles a d’ailleurs été l’une des deux seuls à refuser d’intégrer le projet à son programme, Claudia veut continuer de lutter pour montrer que la société chilienne souhaite cette réforme. C’est ainsi qu’est née l’idée des “tutoriels”.

Simuler un avortement accidentel

Cette campagne lancée en avril dernier met en scène des jeunes femmes qui, sous la forme de tutoriels, montrent comment avorter illégalement aujourd’hui au Chili. L’une se jette sous une voiture, une autre se jette dans les escaliers, l’idée étant de se blesser assez sévèrement pour que les chirurgiens soient obligés de mettre fin à la grossesse. Le tout ponctué de cette phrase: “Au Chili, l’avortement accidentel est le seul avortement qui n’est pas considéré comme un crime”. Pour Claudia, cette violence est l’unique moyen de faire réagir les chiliens, de leur faire comprendre que quand une grossesse menace la vie d’une femme ou d’un nouveau-né, un avortement sans assistance médicale est pire qu’une torture.

Ouvrir le débat

La crainte de Miles Chile c’est que le débat ne sorte pas des portes du Parlement et que l’UDI en profite pour faire examiner le projet de loi devant le Tribunal Constitutionnel, au regard d’une Constitution conservatrice écrite sous la dictature et responsable de la re-pénalisation de l’avortement. L’objectif des vidéos est donc de pousser la société civile à s’en mêler. Une tâche difficile au vu du conservatisme des principaux médias chiliens. Miles Chile a décidé d’envoyer ses vidéos aux médias étrangers qui n’ont pas tardé à les relayer sur les réseaux sociaux. Claudia nous raconte ainsi comment l’ONG a du passer par l’étranger pour que la campagne s’impose au Chili, fière du succès de l’opération, bien que celle-ci reste polémique ici. Maintenant que le débat est lancé, l’ONG s’apprête à lancer la deuxième partie de la campagne, plus informative, avec des arguments de médecins et de scientifiques qui démontrent la nécessité de soutenir le projet de loi.

Acteur du changement, Miles Chile a mis en forme une revendication clairement présente depuis les manifestations étudiantes de 2006 et 2011. Claudia y voit un premier succès du changement de mentalité qui s’opère au Chili depuis une dizaine d’années sur les politiques publiques. Elle espère qu’avec cette loi, la question de la prévention contre les MST et l’éducation sexuelle pourront sortir du tabou imposé selon elle par l’Eglise catholique depuis des décennies.

Benjamin Delille (lepetitjournal.com/santiago) Vendredi 29 mai 2015

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