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AFAENAC Association des Familles Adoptives d'Enfants Nés Au Chili

20 ans de l'Association des Familles Adoptives d'Enfants Nés Au Chili : Discours de Dominique Grange

Blog de l'AFAENAC

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Cher(e)s toutes et tous,

Lorsqu’il y a 20 ans, nous avons fondé l’AFAENAC, nous n’étions pas bien nombreux, cinq ou six familles, tout au plus, dont certaines monoparentales, et nous n’imaginions certainement pas pour combien de temps ce serait...Nous avons été poussés à le faire au fur et à mesure de l’arrivée de nos enfants, nombreux au cours des années 80-90, par un désir, un besoin d’agir ensemble, de chercher des solutions pour les enfants privés de famille brièvement rencontrés dans les foyers et les orphelinats chiliens, et d’aider les postulants à l’adoption à trouver un chemin vers les nombreux enfants abandonnés, en attente de parents dans ce pays, le Chili, que nous apprenions à connaître, à aimer.

A cette époque, la démarche d’adoption vers de nombreux pays, dont le Chili, était encore individuelle, plus libre, moins encadrée et surtout moins bureaucratique. C’est ainsi que de très nombreux enfants juridiquement adoptables purent être adoptés par des Français – rappelons qu’à l’époque, le Chili acceptait aussi les candidats célibataires, hommes et femmes-, y compris des enfants qui n’étaient pas proposés en adoption car trop « âgés », en fratries nombreuses (2,3 enfants, parfois plus…) ou handicapés…Plus tard, dès le début des années 2000, les critères exigés par les pays se sont durcis et la mise en place de la Convention de la Haye est venu freiner, voire stopper dans certains pays, les adoptions internationales. Pour le Chili, la chute des adoptions internationales fut spectaculaire et très peu d’enfants chiliens sont aujourd’hui adoptés en France (7 en 2011), alors que les foyers où nombre d’entre eux grandissent, oubliés des institutions qui en ont la charge, sont hélas loin d’être vides…

L’AFAENAC a donc peu à peu fait évoluer son champ d’action, et si nous n’avons progressivement plus guère eu à accompagner des postulants à l’adoption, il ne pouvait être question pour autant de mettre la clef sous la porte. Car nous avions inscrit dans nos statuts l’impérative nécessité d’une solidarité concrète avec les enfants les plus démunis du Chili, un exercice délicat, exempt de toute condescendance, et que nous avons poursuivi tout au long de ces années, sans rien attendre d’autre en retour que le bonheur de savoir respectés les droits des enfants chiliens les plus vulnérables, dont celui à être éduqués dès la petite enfance. Ce fut d’emblée le sens de notre soutien à la Fondation CEPAS, rencontrée grâce à Thibaut Lejeune, et avec laquelle nous ne cessons de constater qu’on peut faire des choses ensemble à 12.000km de distance, dans la confiance, la transparence et l’efficacité. Je salue ici fraternellement ces lointains camarades si proches par le cœur, en particulier les responsables de CEPAS, Pamela Uriarte, Mario Cabrera et Benjamín Chau, ainsi que la centaine de personnes qui constituent la Fondation et donnent chaque jour à des centaines d’enfants ce dont ils ont besoin pour devenir des citoyens conscients et responsables.

Je veux saluer aussi les principales Associations chiliennes en France, qui nous ont témoigné leur amitié au fil des années et avec lesquelles nous restons étroitement liés dans nos actions : la Fédération des Associations Chiliennes en France (FEDACH), l’Association d’Amitié France-Chili, l’Association des Ex-Prisonniers Politiques chiliens, Terre et Liberté pour Arauco, la Commission Ethique Contre la Torture, le Collectif de Soutien au Peuple Mapuche auquel l’AFAENAC apporte son soutien actif, et d’autres…

Un salut particulier, aussi, aux différents présidents qui m’ont succédé à la barre de l’AFAENAC après 15 ans de navigation ininterrompue!… A Daniel Pinós, à Hélène Picard, et bien sûr à Martine Gazel, avec qui j’ai partagé, à la Fédération EFA, à EFA93, puis à l’AFAENAC, tant de combats pour les droits des enfants privés de famille. A Ivann Lamy, enfin, Ivann ici présent à mes côtés, devenu président il y a deux ans, et avec qui toute notre équipe a, je le sais, tant de plaisir à poursuivre les engagements qui nous gardent rassemblés. Ivann, premier adulte adopté président d’une association liée à un pays d’origine, Ivann qui nous a tous enrichis de son vécu spécifique de jeune adopté du Chili, Ivann qui remplit son mandat avec intelligence et passion et grâce à qui la relève a pu être assurée.

Un salut bien sûr et un hommage sincère à vous tous, chers amis, chers adhérents qui nous avez fait l’amitié de venir aujourd’hui pour participer à cet anniversaire, mais aussi à vous qui ne pouvez être là et qui nous avez tant apporté pendant ces décennies. A tous les donateurs, proches ou parfois inconnus, à tous les compagnons de route, y compris ponctuels…Il m’est impossible de vous citer tous, car forcément j’en oublierais…Mais je veux que vous sachiez que notre plus belle récompense dans toutes les actions que nous avons menées, parfois à bout de bras, a été votre confiance indéfectible. Et c’est celà qui, pour ma part, me motive à poursuivre, au-delà des mots et des actes, cet engagement irréversible au sein de l’AFAENAC, le plus beau peut-être de mes engagements…

Un salut, enfin, à tous nos enfants, sans qui notre association n’aurait pas vu le jour. Nos enfants, qui ne sont pas nés au cours de ce que l’écrivain chilien Luis Sepúlveda appelle « les Années heureuses » dans son très beau texte « Mémorial des Années heureuses » évoquant la période de l’Unité Populaire au Chili, mais sont, pour beaucoup d’entre eux, venus au monde pendant les années obscures de la dictature militaire…Nos enfants qui connaissent leur histoire parce que nous ne leur avons jamais rien caché de tout ce qui a précédé leur adoption, dans cette première étape de leur vie que beaucoup veulent aujourd’hui légitimement reconstituer. Nos enfants que nous accompagnerons jusqu’au bout, et en tout cas le plus loin possible parce que notre amour pour eux est sans limites et qu’ils savent qu’ils peuvent compter sur nous, quoi qu’il arrive.

Merci à chacun d’entre eux de nous avoir adoptés !

VIVE L’AFAENAC et rendez-vous dans 20 ans !!!

Dominique Grange, Présidente d’Honneur

 

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