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AFAENAC Association des Familles Adoptives d'Enfants Nés Au Chili

L'île de Pâques "fermée" par des habitants inquiets des excès du tourisme (AFP)

Blog de l'AFAENAC

SANTIAGO — L'île chilienne de Pâques, bout de paradis perdu dans le Pacifique sud, a vu ses liaisons aériennes provisoirement coupées avec le reste du monde dimanche et lundi, après le blocage de son aéroport par des manifestants dénonçant les excès touristique et migratoire.


La piste de l'aéroport de Mataveri, à la pointe sud-ouest de l'îlot de 24 km sur 12 km, a été occupée 48 heures par une vingtaine de locaux, forçant la compagnie chilienne LAN, la seule à opérer vers l'île à 3.500 km à l'ouest des côtes, à suspendre ses vols.

La situation est revenue à la normale lundi, avec un blocus levé et "un aéroport pleinement opérationnel", a affirmé à la presse le secrétaire d'Etat à l'Intérieur, Patricio Rosende, dans la capitale chilienne Santiago.


Il a annoncé qu'il allait se rendre sur l'île dans les prochains jours pour entendre les doléances des Pascuans.


Car l'inquiétude gagne à Rapa Nui (son nom polynésien), devant l'attrait croissant exercé par cet îlot volcanique miniature, à mi-chemin entre Tahiti et le Chili, qui draine chaque année 50.000 touristes vers ses plages, ses paysages volcaniques et ses emblématiques Moai, statues géantes de pierre.


L'île elle-même compte moins de 5.000 habitants, d'origine majoritairement polynésienne.

Un groupe de ceux-ci, se baptisant "Parlement Rapa Nui", a lancé samedi des protestations, réclamant une limite à la durée de séjour des touristes, et des gardes-fous à l'installation de Chiliens du continent et d'étrangers.


Selon les îliens, ces flux mettent en péril l'écosystème fragile et le patrimoine de l'île, et contribuent à une hausse de la délinquance.

Aussi réclament-ils un "conseil migratoire" avec quotas, pour réguler les flux de touristes, travailleurs ou résidents, un peu sur le modèle d'instances mises en place aux îles Galapagos (Equateur), selon la maire de Pâques, Luz Zasso Paoa.


"Nous dépendons de notre patrimoine pour un développement durable; il faut prendre soin des ressources en eau, en énergie, de la gestion des déchets", a-t-elle commenté, rappelant que les Pascuans tirent la sonnette d'alarme depuis dix ans.


La surpopulation n'est pas un problème nouveau sur l'île de Pâques, habitée depuis un peu plus de 1.500 ans. Des guerres fratricides ont été liées à des déséquilibres historiques entre ressources limitées et population croissante, bien avant l'arrivée des Européens au 18e siècle.


Pour autant, le ras-le-bol actuel des Pascuans semble tenir davantage aux "continentaux" chiliens, perçus comme moins respectueux de l'environnement, des coutumes (comme une légendaire cordialité) que les touristes, estime le Pr Luis Carlos Parentini, historien expert des communautés indigènes.


"Il y a 20 ans, les îliens étaient au bord de l'effondrement, sans identité et sur le déclin. Une revalorisation des peuples autochtones leur a rendu la fierté de leur culture", explique-t-il. "Ils ont bien vécu du tourisme, mais à présent ils se sentent dépassés".

Et l'horizon n'amène rien de calme aux Pascuans. L'île se prépare à un boom touristique à l'occasion de l'éclipse totale du soleil du 11 juillet 2010. Le phénomène obscurcira complètement la partie du Pacifique où se trouve l'île de Pâques, en faisant un site d'observation prisé.


Les quelque 1.500 lits qu'offre l'île ont été pris d'assaut, réservés depuis parfois six ans. L'île affiche complet. C'est en susbtance le message des Pascuans qui ont "fermé" leur paradis ces dernières 48 heures.

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