Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
AFAENAC Association des Familles Adoptives d'Enfants Nés Au Chili

Adoption : enfants soldés, parents bradés (http://leplus.nouvelobs.com)

Blog de l'AFAENAC

ADOPTION. Les critères en vigueur en France pour être candidat à l'adoption mènent à une classification des adoptants potentiels. In fine, l’intérêt supérieur de l’enfant - l'objectif initial - n'est pas forcément garanti.

> Par Pierre Sultan psychologue & psychanalyste

Edité par Hélène Decommer   Auteur parrainé par Aude Baron

L’existence d’une extrême disproportion entre le grand nombre de parents potentiels, candidats à l’adoption, et le peu d’enfants adoptables, est sans équivoque quant au devenir de certains projets d’adoption.

 

 

Un Français ayant adopté un enfant haïtien, le 22/12/2010 (CHESNOT/SIPA)

 

L'agrément : un sésame

 

Il y a évidemment une première étape incontournable : l’agrément.

 

En place depuis 1984, cette procédure - d’une durée légale de 9 mois - vise à apprécier, au travers d’une enquête socio-éducative et d’évaluations psychologique et psychiatrique, les capacités des candidats à accéder à la parentalité.

 

16 % d’entre eux abandonnent en cours de procédure et 8 % ne l’obtiennent pas. Parmi ces derniers, il y a majoritairement des célibataires, des plus de 40 ans, des couples ayant déjà des enfants biologiques, ainsi que des postulants issus de milieux défavorisés [1].

 

Pour autant, l’agrément en poche, les choses ne sont pas facilitées, loin s’en faut, puisque le parcours du combattant commence.

 

Les adoptions nationales étant exceptionnelles, bon nombre de candidats se tourne vers l’étranger.

 

Initialement, la majorité d’entre eux souhaiterait accueillir un enfant en bonne santé et le plus jeune possible. Pourtant, la confrontation à une certaine réalité nécessitera de réexaminer le projet initial, parfois idéalisé, souvent en total décalage avec la réalité.

 

Rappelons qu’en 2008 plus de 45% des enfants adoptés à l’étranger avaient plus de 3 ans.

 

Outre les législations nationales, la Convention de La Haye est venue poser un cadre juridique en matière d’adoption internationale. Parmi ses mesures-phares citons le principe de subsidiarité qui préconise l’adoption internationale lorsque, localement, aucune solution satisfaisante pour l’enfant n’a pu être envisagée.

 

Si l’on ne saurait blâmer l’instauration d’une telle mesure, celle-ci n’est pas sans incidence sur la diminution du nombre d’enfants proposés à l’"apparentement" dans les pays signataires de la Convention de La Haye (83 pays aujourd’hui).

 

Les "enfants à particularités"

 

Face à ce constat, certains futurs parents mettent fin à leurs démarches d’adoption… Le plus grand nombre "s’accroche", contraint toutefois de céder sur son désir initial. L’accueil d’un "enfant à particularités" permettra peut-être alors de faire aboutir leur projet.

 

Cette appellation elliptique d’"enfant à particularités" désigne un individu pour lequel "il est particulièrement difficile de trouver une famille correspondant à ses besoins spécifiques" [2].

 

Il s’agit d’une "catégorie" aux larges contours, regroupant des enfants dont l’état de santé (physique et psychique), le handicap, l’âge élevé ou l’appartenance à une fratrie indissociable, a entraîné un obstacle à son adoption par des compatriotes. Ces enfants sont alors plus facilement proposés à l’adoption internationale…

 

De manière insistante et répétée, les brochures éditées par l’Agence Française de l’Adoption mettent en garde les candidats, contre les dangers potentiels d’un changement trop hâtif de "cap" dans leur projet.

 

En effet, le "faute de mieux" n’est évidemment pas la meilleure des motivations pour accueillir l’un de ces enfants. Le désir profond d’adopter ne doit pas aveugler les futurs parents quant aux difficultés susceptibles d’être associées à l’état de santé, le handicap ou l’histoire personnelle de cet enfant.

 

Les organismes d’Etat tentent donc de veiller à la sélection, puis à la préparation des candidats optant pour ce type d’adoption. De son côté, la convention de La Haye apporte un cadre pour les adoptions internationales.

 

Les Lois de l'offre et de la demande

 

Pourtant, force est de constater que le fonctionnement actuel, dont l’objectif initial était de garantir "l’intérêt supérieur de l’enfant", crée un cadre absurde, pour ne pas dire perverti quant à son objectif initial : en effet, la situation personnelle de certains adoptants - âge, célibat, ressources modestes…- les classent parmi les candidats "non prioritaires" par les équipes responsables de l’apparentement.

 

 

(AH2/ZJE/WENN.COM/SIPA)

 

Or, pour ces mêmes autorités, les "obstacles" semblent disparaître comme par enchantement, lorsque ces futurs parents envisagent l’adoption d’un enfant dit "à particularités".

 

Cette constatation est d’autant plus surprenante que ces enfants plus grands, porteurs d’un handicap, appartenant à une fratrie indissociable… sont présentés, par ailleurs, par ces mêmes autorités, comme ayant des "besoins (plus) spécifiques" que la majorité des enfants adoptables.

 

Si les mises en place de procédures d’agrément longues et difficiles, de conventions internationales, de mesures de protection des mineurs… avaient pour objectif d’éviter certaines dérives, on peut déplorer qu’aujourd’hui encore l’adoption, régie par les lois de l’offre et de la demande, conserve les spécificités d’un "marché".

 

La place équivoque des célibataires face à l’adoption est une illustration, parmi d’autres, d’une certaine ambivalence non assumée des institutions à l’égard de certains adoptants.

 

Peu importe ici les opinions divergentes sur la question de l’adoption par des célibataires. J’interroge davantage la position ambiguë de certains organismes officiels sur ce choix de l’Etat français qui, historiquement, remonte à l’après-guerre. A cette époque, le grand nombre d’orphelins nécessite le recours à des familles adoptives fussent-elles monoparentales (généralement des veuves de guerre).

 

Si aujourd’hui les demandes d’agrément des célibataires sont donc théoriquement considérées au même titre que celles des couples, la réalité des faits montre qu’ils rencontrent de grandes difficultés à adopter à l’étranger et n’adoptent en France que de façon très exceptionnelle.

 

Dans tous les cas, les célibataires doivent se montrer "moins difficiles" (comme tous les adoptants considérés comme "non prioritaires") que les autres, et s’ils souhaitent voir aboutir leur demande, ils devront "accepter" les enfants "refusés" par les familles considérées comme "prioritaires".

 

Par conséquent, ce système semble mettre en évidence l’existence implicite d’une catégorie intermédiaire de parents, située entre deux extrêmes :

il y aurait d’une part des parents nécessairement mariés, ayant obtenu l’agrément et considérés comme des candidats idéals… de fait "prioritaires" ; d’autre part, à l’opposé, des candidats mariés, pacsés, concubins ou célibataires, à qui cette autorisation d’adopter a été refusée, pour des raisons diverses liées à leur âge, leur situation économique, personnelle etc…

 

Entre les deux, une catégorie de candidats "non prioritaires" mais "autorisés" à adopter puisque "agréés", pour autant représentant des parents de "second choix" tout comme ces enfants, majoritairement "à particularités", qui leur sont confiés, alors qu’ils sont généralement refusés par ailleurs.

 

A-t-on réfléchi aux répercussions de cette dévalorisation narcissique induite par ce système tant chez les adoptants que chez les adoptés ? De l’impact de cette fragilisation sur l’investissement de la fonction parentale et de ses conséquences sur l’inscription dans une filiation ?

 

Sans doute de nombreuses études y ont été consacrées… elles m’ont pourtant totalement échappé!

 

 

[1] Source : Institut National d’Etudes Démographiques - INED

[2] Agence Française de l’Adoption - AFA

Commentaires