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AFAENAC Association des Familles Adoptives d'Enfants Nés Au Chili

Amérique du Sud, les années de plomb (http://www.lemonde.fr)

Blog de l'AFAENAC
En Amérique du Sud, les militaires ont quitté le pouvoir depuis plus d'un quart de siècle, un délai suffisant pour que les historiens puissent décrypter le sujet. Stéphane Boisard, Armelle Enders et Geneviève Verdo ont rassemblé un ensemble d'études sur "L'Amérique latine des régimes militaires". En dépit de ce titre, Vingtième siècle focalise trois pays sud-américains, l'Argentine, le Brésil et le Chili, avec une ouverture sur l'Uruguay et le Paraguay. Le dossier concerne les dictatures apparues dans les années 1960 et 1970.

Ce choix judicieux est pourtant risqué, car le travail de mémoire sur ce "passé qui ne passe pas" continue à hanter les sociétés en question. Les blessures ouvertes par la répression militaire n'ont pas cicatrisé, surtout en Argentine et au Chili. La justice n'a pas assez oeuvré à la réparation des victimes, loin s'en faut. Or, la recherche historique n'est pas un simple complément de l'exigence de vérité réclamée par ceux qui ont subi les régimes autoritaires. Loin d'être les deux faces d'une même pièce, mémoire et histoire s'opposent souvent. Le chercheur doit s'affranchir du travail de deuil et parfois contredire les discours des victimes, de leurs proches et de leurs contemporains, alors même que le sujet reste sensible.

 

Ainsi, depuis plusieurs décennies, le refus de mettre sur le même plan la violence des guérillas d'extrême gauche ou péronistes et le terrorisme d'Etat, le rejet de la théorie dite des "deux démons", a freiné une analyse articulée des deux phénomènes. Dans ce dossier, l'article consacré à l'Uruguay résume le débat sur les rapports entre le combat des guérilleros tupamaros et le coup d'Etat de 1973. Un autre texte, sur les associations de victimes en Argentine, les Mères et Grands-Mères de la place de Mai, propose une interprétation de leur action et de la place prise par la défense des droits de l'homme sous la dictature, puis lors de l'avènement de la démocratie. Sans vraiment prendre leurs distances avec le tabou des "deux démons", les auteurs restent très prudents, mais ils ont le mérite d'avancer sur un terrain miné.

Malgré la présence d'une étude sur la politique américaine, la plupart des historiens privilégient acteurs nationaux et facteurs endogènes. A commencer par les forces armées et la portée de leurs divergences internes, qui font de la personnalisation extrême un cas de figure limité au Chili du général Augusto Pinochet et au Paraguay du général Alfredo Stroessner. Mais le regard des chercheurs se tourne aussi vers les classes moyennes ou les Eglises, avec leur ambivalence et leur évolution paradoxale.

 

La longue durée s'avère indispensable pour saisir la complexité de ces régimes et leur enracinement plus ou moins profond dans l'Histoire.

 

Quitte à proposer une vision dérangeante. "L'histoire de l'Argentine exclut les échappatoires comme les raccourcis, car ce qu'elle renvoie est l'image d'une longue chute, d'une lourde dégringolade, d'un plan incliné de plus en plus raide au fur et à mesure des décennies précédant l'événement dramatique de 1976 (année du coup d'Etat), lequel n'est nullement un coup de tonnerre dans un ciel serein, l'horreur détruisant un âge luxuriant de paix et d'espérance, mais l'atroce point d'aboutissement d'une société qui avait implosé et déraillé", écrit Loris Zanatta. Cet auteur pourfend le nationalisme, l'obsession argentine d'une "identité nationale" cimentée par la religion catholique, dans une société façonnée par des immigrés venus de plusieurs horizons. Toute ressemblance avec la France serait un anachronisme, parole d'historien.

 

Paulo A. Paranagua

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