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AFAENAC Association des Familles Adoptives d'Enfants Nés Au Chili

Chili - Après le séisme, la catastrophe minière: Carola Narvaez ne perd pas espoir (Nouvel Obs)

Blog de l'AFAENAC

COPIAPO, Chili (AP) — C'est l'histoire d'un combat de l'amour contre l'adversité. Il y a six mois, la famille de Carola Narvaez a survécu au puissant séisme qui a frappé le Chili, mais son mari y a perdu son emploi, ce qui l'a poussé à se faire embaucher dans une mine de cuivre et d'or... Aujourd'hui, il est l'un des 33 mineurs pris au piège sous terre, et sa femme attend.

 

Raul Bustos, mécanicien de machines lourdes, n'a jamais manqué de travail. Depuis des années, il gagne sa vie soit en réparant le matériel lourd des mines de cuivre, soit sur les chantiers navals dans les ports le long des 6.400 km de l'interminable littoral chilien.

Il y a six mois, la famille vivait à Talcahuano, 500 km au sud de la capitale Santiago, où Raul travaillait sur le chantier naval du constructeur chilien Asmar.

 

Le couple était profondément endormi lorsque le plus puissant séisme enregistré au Chili depuis un siècle frappa la région, le 27 février, accompagné d'un tsunami qui dévasta la côte. Si la famille garda sa maison, les navires en construction d'Asmar se retrouvèrent au milieu des rues et le chantier naval ferma ses portes.

Pour nourrir sa femme et ses deux enfants, Raul Bustos partit pour le nord, et les innombrables mines du désert d'Atacama. Deux mois plus tard, il était à San José, laissant à Talcahuano Carola, 36 ans, et les petits, Maria Paz, cinq ans, et Vicente, trois ans.

A l'annonce de l'effondrement de la mine le 5 août, la jeune femme laissa les enfants à ses parents, et se précipita au nord, où elle campe depuis la catastrophe, avec les autres familles, juste devant l'entrée du site de la mine où son Raul est enfermé, 700 mètres sous terre.

 

"Avec le tremblement de terre, nous avons continué à vivre, c'est tout. Nous étions vivants", raconte-t-elle. "Là, c'est pareil. Cela donne lieu à beaucoup d'angoisse, de solitude, de peur. Mais nous sommes vivants. Mon mari est vivant, au fond de cette mine, et il y aura une nouvelle fin heureuse", ajoute-t-elle, la foi chevillée au corps.

Raul Bustos et les 32 autres mineurs sont restés coupés du monde pendant 17 jours, jusqu'à dimanche, lorsqu'un premier étroit boyau venu de la surface a pu les atteindre, suivi par deux autres. Bien que cinq d'entre eux souffrent d'une forme de dépression, a reconnu vendredi le ministre chilien de la Santé Jaime Mañalich, Carola Narvaez, elle, a encore plus d'espoir depuis qu'elle a vu les images de son mari jeudi soir, les mineurs ayant réalisé un vidéo de 45 minutes avec une petite caméra envoyée via cette ligne de communication.

 

Il y a aussi leurs échanges de mots doux... Elle lit d'une voix forte la dernière missive de son mari. "Ma petite chérie, tu dois savoir que les mots que tu m'as envoyés m'ont fait pleurer. Ils sont toujours avec moi, avec Dieu, qui m'a donné la force de surmonter l'angoisse". Il raconte avoir donné le nom de leur fille, Maria Paz, à la première sonde qui a fini par atteindre les mineurs: parce que "c'était la gagnante, qui ne perd jamais, et elle a réussi à passer".

S'il y a du travail ailleurs au Chili, notamment dans l'agriculture, expliquent les familles de mineurs, le travail dans l'Atacama est beaucoup plus lucratif. Si le revenu moyen a doublé au Chili depuis 20 ans et que le pays se rapproche des critères des pays industrialisés, 14% de la population, soit 2,3 millions de personnes, vivent toujours dans la pauvreté, selon la Banque mondiale.

 

Certains de ces Chiliens n'hésitent donc pas à risquer leur vie dans les mines de l'Atacama, malgré la dureté et la dangerosité du travail dans des mines de taille moyenne où des libertés sont souvent prises avec les normes de sécurité.

 

Se chauffant les mains autour du brasero, Carola Narvaez, qui travaille dans une société d'assurance médicale, note que sa famille est loin d'être parmi les plus pauvres, mais que son mari voulait améliorer la situation économique familiale. "Mineur est l'un des boulots les mieux payés du pays", dit-elle. "Mais cela veut dire que votre mari se déplace tout le temps, n'est souvent pas là et ne revient à la maison que brièvement".

Depuis avril, Raul Bustos a donc alterné des semaines dans la mine avec des semaines à la maison, à Talcahuano, à 1.125 km de là.

 

Certes, surmonter deux catastrophes en six mois, c'est beaucoup, reconnaît Carola Narvaez. Mais elle n'y voit aucun coup du sort. "Si c'était la malchance, il y aurait une fin malheureuse", dit-elle, confiante et optimiste. "Aucun de ces désastres ne se terminera mal". AP

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