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AFAENAC Association des Familles Adoptives d'Enfants Nés Au Chili

Chili / France - Paris - Procès de Français disparus - Témoignage de Jacqueline Claudet (Soeur de Jean-Yves Claudet-Fernandez) concernant le premier jour du procès.

Blog de l'AFAENAC

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Je vais essayer de vous dresser un bilan du premier jour du procès entamé en faveur de nos quatre camarades disparus.


Dans la matinée, à partir de 09h30, le Président du Tribunal a reçu les constitutions de nouvelles parties civiles (nouvelles en ce qui concerne le dossier purement judiciaire, comme c’est le cas pour ma sœur Marcelle et pour moi). Le juge a ensuite nommé les accusés et a constaté leur absence, ainsi que celle de l’avocat de la défense. Il a donc proposé aux membres du jury populaire de quitter la salle d’audience s’ils le désiraient ; dans ce cas, lui et deux autres juges professionnels assumeraient la présidence du jury (cas de figure prévu dans les condamnations dites « par contumace »).


Une liste a ensuite été distribuée aux témoins de contexte et de situation convoqués. Ayant constaté que certains témoins étaient absents ou que d’autres arrivaient en cours de procès, le juge a alors décidé de les incorporer au fur et à mesure et d’adapter le planning en fonction des circonstances.


Il a par ailleurs décidé que le jugement serait filmé, eu égard à son importance pour la Mémoire et pour l'Histoire, et a proposé, si les traducteurs prévus ne suffisaient pas à couvrir les besoins, qu’il soit procédé à une traduction solidaire, en aparté, pour les parties civiles qui en manifesteraient le souhait...


D’un autre côté, les témoins de contexte et de situation ne pouvant pas assister à la présentation des cas, ni à la lecture obligatoire du réquisitoire, seront autorisés, à partir de demain, à assister de façon exceptionnelle à la suite du procès.


Toutes ces procédures ont duré jusqu’à environ 11h30 et nous avons ensuite abordé la présentation du cas de George Klein (en respectant l’ordre chronologique). L’exposé a été lu par un de ses anciens adjoints, de manière claire et précise, à mon avis, pratiquement aucun aspect du contexte n’ayant été oublié. L’assaut à la Moneda, ainsi que tous les autres évènements, on été mentionnés et tous les responsables nommés de façon explicite.


La pause déjeuner a eu lieu de 12h30 à 14h et ma sœur et moi en avons profité pour aller saluer les camarades héroïques -et le mot n’est pas excessif !-, présents sur la Place Saint-Michel afin de sensibiliser le public français au procès en cours.


Malgré la tempête de neige et le froid de canard, nos camarades sont restés mobilisés de 11h à 14h et je les remercie affectueusement de leur soutien.


Nous sommes ensuite allées déjeuner. À partir de 14h, l’exposé des cas d’Étienne Pesle, d’Alfonso Chanfreau et de Jean-Yves Claudet a été présenté par le Tribunal.
Constatation identique : présentation claire, complète et précise, avec de constantes références au Rapport Rettig, aux déclarations de témoins présents, au Chili et en France, aux rapports internationaux, etc... L’ensemble de ces exposés a duré à peu près trois heures.


Nous sommes ensuite passés à ce que j’appelle le réquisitoire c’est-à-dire la classification des crimes évoqués, dont la lecture est obligatoire : réflexion juridique détaillée pour savoir s’il s’agit ou non d’un crime contre l’humanité, si celui-ci est classé ou non dans la législation française et si ce n’est pas le cas, comment il est possible de le qualifier ? La totalité de cette lecture a été accompagnée de références aux Droits chilien et français, en vigueur ou non, au Droit international, au Rapport Rettig, aux Triennales Internationales. Cette réflexion a permis d’aboutir à la notion d’imprescriptibilité du crime de détention arbitraire et de tortures et ainsi de pouvoir déterminer de manière nominative la ou les responsabilités des coupables et des complices, etc. J’avoue qu’à ce moment de la journée, je me sentais perdue toutes les cinq minutes à cause d’une impression d’annulation du procès ou de dilution des accusations… Mais ce ne fut pas le cas. Le Tribunal finit par confirmer la responsabilité des personnes coupables de crimes.    


Vers 19h environ, le Président mit fin à cette journée et nous annonça que la classification des crimes continuerait le lendemain, à partir de 09h30, et ce pendant trois heures. Après cette classification, ce serait le tour des témoins de contexte.
À cette heure-là, tout ce que nous voulions c’était dormir car nous étions épuisées.
Commentaires personnels: ma sœur et moi avons été surprises et soulagées de découvrir la personnalité du Président de la Cour.
Ce magistrat a un comportement très professionnel mais très HUMAIN, cherchant à résoudre les problèmes et montrant un grand respect envers les personnes, les parties civiles et les témoins. En effet, les décisions extraordinaires qu’il a prises relèvent de sa seule compétence et sont extrêmement importantes pour nous. Bref, nous avons poussé un soupir de soulagement et nous nous sommes dit que cette fois-ci, on nous prenait au sérieux, et que l’on mesurait enfin l’ampleur de ce qui s’était passé et de ce qui passe encore au Chili. Il est évident que cet homme n’est pas un révolutionnaire mais il envisage le problème de manière éthique et traite les personnes avec dignité et respect.


Un autre aspect magnifique de cette journée concerne l’ambiance formidablement solidaire que l’on ressent, tant de la part des parties civiles que du public chilien ou français, mais aussi de la part des journalistes qui sont restés, après la séance de photos, afin de nous témoigner leur solidarité.


Je dois admettre que nous ressentons une grande fatigue physique et émotionnelle mais nous nous sentons soulagées de voir que le procès a bel et bien commencé. Pour conclure, je ne sais pas aujourd’hui si j’aurai la force de vous fournir un résumé journalier de l’avancée du procès.
 

 

Nos amitiés à toutes et à tous,

 

Jacqueline Claudet

 

Traduction :  Arnaud Lefebvre

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