Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
AFAENAC Association des Familles Adoptives d'Enfants Nés Au Chili

CHILI - La Patagonie se soulève (François Reman, Le Courrier)

Blog de l'AFAENAC

Mardi 6 mars 2012 - Le Courrier - Isolée, fatiguée mais surtout en colère, la population de la région d’Aysén a décidé de rompre son silence. Pêcheurs, artisans, étudiants et camionneurs bloquent routes, ponts et aéroports depuis maintenant deux semaines. L’objectif du Regroupés au sein du Mouvement social pour la région d’Aysén (MPRA) : porter leurs voix jusqu’aux portes du palais présidentiel de la Moneda à Santiago. Une opération laborieuse dans un pays ultracentralisé comme le Chili.

À 1300 km de la capitale, coincés entre la région des Lacs et le sud de la Patagonie – beaucoup plus touristiques –, Aysén et ses habitants souffrent de l’isolement et de l’oubli des autorités. Du fait d’un manque de connectivité – il est impossible de traverser toute la région en voiture –, les biens de première nécessité qui arrivent en bateau sont deux fois plus chers qu’à Santiago. « À Aysén, on dépense en moyenne 100 000 pesos (190 francs) pour le chauffage. Nous avons l’électricité la plus coûteuse du monde, l’eau la plus chère du Chili, les fruits ont un prix cinq fois plus élevé qu’ailleurs et la farine coûte le double », explique Pablo Barattini, président de la Corporation pour le développement d’Aysén. Le salaire minimum (293 euros) est par contre le même que dans le reste du pays.

Paradoxalement – et c’est révélateur des enjeux de cette mobilisation –, la croissance de la région fut de 19,8 % en 2011. Une activité économique dont les habitants ne bénéficient pas pleinement comme le démontrent leurs revendications : amélioration des infrastructures sanitaires (hôpitaux), subsides régionaux pour faire face aux prix élevés de l’essence et du gaz, création d’une université publique orientée vers la région, salaire minimum adapté au coût de la vie, aides aux pêcheurs, etc.

Si la région fut une des dernières a être colonisée, tant son climat et sa géographie la rendaient hostile, elle fit rapidement office de vache à lait pour Santiago. En 1940, l’État autorisa la Société industrielle d’Aysén (dont le siège était à Valparaiso) à brûler trois millions d’hectares de forêt pour l’élevage de moutons. A l’heure actuelle, c’est l’élevage de saumons, l’industrie forestière et surtout la production d’énergie qui nourrissent l’appétit des grandes entreprises chiliennes et étrangères. C’est en effet au cœur de cette région que devrait voir le jour HidroAysén, un projet de construction de cinq méga-barrages qui alimentera le système d’électricité central du pays1. Juan Pablo Orrego, coordinateur international du Conseil de défense de la Patagonie et opposant farouche à HidroAysén, considère la mobilisation des habitants comme un exemple à suivre pour tout le pays : « Étant donné son isolement, son abandon, mais aussi grâce à son esprit de pionner, Aysén a compris qu’elle avait besoin d’un développement autonome, autogéré, distinct de celui qui mène à la faillite sociale et environnementale l’entier du pays. »

Le gouvernement central fait pour l’instant la sourde oreille. Il n’entamera « aucun dialogue ou conversation tant qu’il serait fait usage de la force », selon les mots du ministre de l’Intérieur Rodrigo Hinzpeter. Pas de dialogue donc, mais une forte répression des carabineros à coups de gaz lacrymogène, de matraques et de balles en caoutchouc. Une conduite qui n’est pas sans rappeler la répression violente du mouvement étudiant de 2011 et condamnée par l’Institut national des droits de l’homme qui la juge « indiscriminée et disproportionnée ».


http://www.lecourrier.ch/la_patagon...

Commentaires