Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
AFAENAC Association des Familles Adoptives d'Enfants Nés Au Chili

Chili: un an après le tremblement de terre, la reconstruction tarde (RFI)

Blog de l'AFAENAC
El-Morro.-Le-tsunami-a-detruit-presque-entierement-ce-pet.jpg
A El Morro, le tsunami a détruit presque entièrement ce petit port de pêche artisanale.
Claire Martin/RFI
Par Claire Martin

Le 27 février 2010, un des plus violents séismes au monde dévaste le centre-sud du Chili : 8,8 sur l’échelle de Richter. Suivi de plusieurs raz-de-marée, il fait 524 morts et 31 disparus. Il détruit routes, ponts, maisons, écoles, hôpitaux, aéroports, industries sur 630 km de long, affectant les trois quarts de la population chilienne. Aujourd’hui, l’heure est au recueillement. Il est aussi au bilan.

 

De notre correspondante à Santiago,


Ana Jara marche à grands pas, la tête baissée. « En ce moment même, je risque ma vie », souffle cette vieille dame énergique de 69 ans. « S’il y a là maintenant un nouveau séisme, qui me dit que cet immeuble juste là ne va pas me tomber dessus ? »


Si à Concepcion, deuxième agglomération du Chili située à 520 km au sud de Santiago, il n’y a plus de tentes, de gravats dans les rues, si la circulation est fluide, les vestiges du tremblement de terre sont intacts. Telle la Tour O’Higgins, qu’Ana Jara montre du doigt. Encore affublé de son immense banderole « Vente de bureaux », l’immeuble flambant neuf de 21 étages s’est en partie effondré sur lui-même lors du tremblement de terre qui a violemment touché Concepcion il y a un an. Il devait être le « business center » de la ville. La justice devra déterminer s’il était aux normes parasismiques, obligatoires dans tout le pays.


Des immeubles classés « inhabitables » à Concepcion, il y en aurait une dizaine. Si le gouvernement du président Sebastian Piñera s’est engagé à financer leurs démolitions, elles tardent. « Ces tours ne devraient plus exister », souligne Igor Barra, proviseur adjoint au lycée français Charles de Gaulle de Concepcion. « Non seulement elles représentent un danger pour la ville, mais elles nous rappellent tous les jours le tremblement de terre. On est déjà suffisamment traumatisé par les répliques incessantes qui secouent la région. »


Ici comme partout dans la région, les gens trouvent la reconstruction lente. « Les voies de communication ont été vite reconstruites, reconnaît Eduardo Pacheco, journaliste à la radio Bio Bio de Concepcion, la plus écoutée de la région. Là où le bât blesse, c’est surtout au niveau du logement, d’autant que l’hiver approche et qu’il est très froid et pluvieux dans la région. »


A quelques kilomètres de Concepcion, le ville portuaire de Talcahuano. En bordure de mer, le petit port de pêche artisanale El Morro a été complètement dévasté par le tsunami. 196 familles vivent aujourd’hui dans un « petit village », comme le surnomme le gouvernement, dans un « campement », comme l’appellent ses habitants. Des cabanons en bois, au toit de zinc ondulé, de 18 m2, s’alignent les unes à côté des autres avec à chaque bout, des petites cabanes abritant toilettes et douches chimiques. « Ceux qui en ont les moyens ont agrandi leur cabanon pour faire des chambres à part et construit des toilettes chez eux, explique Cécilia Vallejos, femme au foyer de 42 ans élue dirigeante du campement. Mais la plupart continue d’utiliser les toilettes et douches communes. » Les habitants ont eux-mêmes fabriqué des canalisations pour recevoir l’eau courante. On leur a installé l’électricité. « C’est toujours mieux que de vivre sous la tente comme on vivait au début, souligne Cécilia. Mais c’est sûr que nous ne sommes pas habitués à vivre dans ces conditions, beaucoup de maisons à el Morro avaient deux étages, cinq chambres et deux salles de bain. »


Jocelyn, 25 ans, n’a pas pu agrandir son cabanon. « La conserverie dans laquelle travaillait mon mari a fermé après le tsunami. Maintenant, il travaille dans la construction, mais il n’y pas de salaire fixe, c’est instable et pour des courtes durées. » Elle n’a donc pas pu agrandir sa maisonnette. Il n’y a de la place que pour un seul lit où elle dort, elle, son mari et leur fils de deux ans et demi. « On est seulement trois, souligne Jocelyn, mais ça fait petit ! » Dans le campement plutôt bien loti au regard d’autres dans la région, où les conditions d’hygiène sont beaucoup plus critiques, l’assistante sociale Emma Sepulveda, qui passe chaque jour avec une psychologue, est inquiète. « La santé mentale des familles a empiré, souligne-t-elle. Il y a plus de violence, plus de mauvais traitements parce que les espaces sont plus petits, la qualité de vie n’est plus la même, les gens vivent les uns sur les autres. Et à ça, s’ajoute le travail. La majorité ici sont pêcheurs. Et la pêche est mauvaise, ils n’ont pas de travail. »


Le gouvernement, qui estime avoir déjà reconstruit 50% de la région affectée, a promis de construire des maisons neuves, entièrement à sa charge, pour les plus de 100 000 sinistrés qui ont tout perdu. Là encore, les gens trouvent le temps long. « On leur avait dit qu’ils allaient passer un hiver dans leur habitat d’urgence, pas deux, ni trois », souligne Salvador Schwartzmann, directeur de la radio Bio Bio de Concepcion. Les publicités du gouvernement, qui martèlent sans arrêt que la reconstruction est en bonne voie et qu’elle va faire du Chili un meilleur pays, n’ont pas l’air de faire effet.

 

Dichato.-Petite-station-balneaire-a-44-km-au-Nord-de-Conc.jpgDichato : petite station balnéaire à 44 km au Nord de Concepcion. Les vestiges du tsunami jouxtent la plage touristique.

Claire Martin/RFI

Commentaires