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AFAENAC Association des Familles Adoptives d'Enfants Nés Au Chili

Cinéma: Les indigènes répliquent

Blog de l'AFAENAC

Les autochtones sont de plus en plus nombreux à passer derrière la caméra pour exprimer leur vision du monde. Ils ont désormais leur propre festival de cinéma, Native Spirit, dont la troisième édition vient de se dérouler à Londres.


02.12.2009 | David Cox | The Guardian

 

Bon nombre de peuples autochtones, en Amérique et ailleurs, estiment que les Blancs portent sur eux un regard complètement faussé. Ils ne se voient, en effet, pas seulement comme des quémandeurs d'aides publiques ou les apôtres d'interminables guerres de territoire. Mais surtout, ils refusent de livrer leurs croyances et leurs modes de vie en pâture aux anthropologues ou aux touristes. A présent, les peuples autochtones passent derrière la caméra. Des pêcheurs inuits du Canada aux réfugiés endorois du Kenya en passant par les pâtres du quechua et les ramasseurs de sel boliviens, ils filment avec ce qu'ils ont sous la main, racontent leur propre histoire et signent des œuvres au message universel.

Il y a trois ans, Freddy Treuquil, vidéaste chilien d'origine mapuche, décida que cette nouvelle tendance méritait d'avoir sa manifestation. Il a donc créé le Native Spirit Festival, dont la deuxième édition s'est déroulée à Londres à la fin du mois d'octobre. Son objectif: "Réhabiliter le respect pour mère Nature", explique Treuquil. Au programme de cette année, Tungusta Project sur les Evenks de Sibérie, Taina-Kan qui raconte comment les Karajas du Brésil associent la naissance de l'agriculture à des événements cosmologiques, et President Evo qui reflète le point de vue des Aymaras quant au programme de redistribution des terres initié par le premier président de Bolivie d'origine indienne.

La démarche cinématographique est aussi éloignée d'Hollywood que des courants avant-gardistes. Il n'y a pas d'effets spéciaux et les spectateurs occidentaux ne retrouveront pas le genre de tension dramatique auquel ils sont habitués. Ici, le temps est plutôt circulaire que linéaire : il s'agit de réexaminer un événement passé plutôt que de le dramatiser, de garder la mémoire vivante plutôt que d'en faire une source de divertissement. Au lieu de proposer une fuite en dehors de la réalité, ces films cherchent à exprimer des idées et des sentiments profonds. Après avoir regardé plusieurs d'entre eux, vous en viendrez à prendre conscience que les peuples autochtones – où qu'ils se trouvent sur la planète – partagent des attitudes étrangement similaires, pas seulement des valeurs mais aussi des symboles et des prophéties. Tous partent du principe que le savoir et la sagesse doivent aller de pair, la première devenant inutile sans la seconde ; que le but de l'existence n'est pas d'acquérir des richesses mais simplement de vivre; que l'univers est une construction vivante et sacrée ; que les êtres humains vivent en symbiose avec un système plus vaste dont ils ne doivent pas perturber l'équilibre ; que le passé ne doit pas être oublié et que l'avenir doit être respecté.

Bien sûr, nous avons déjà entendu ce genre de discours que nous avons peut-être balayé d'un revers de la main, le jugeant trop simpliste, voire non pertinent. Dans ces films, pourtant, ces idées se rapportent à des comportements particulièrement convaincants. The Gift of Pachamama, par exemple, nous conte l'histoire d'un garçon de 13 ans qui entre dans l'âge adulte en suivant le chemin tortueux d'une caravane de lamas dans les Andes. Il apprend à supporter la perte et découvre l'amour mais, surtout, il comprend comment Pachamama – mère Nature – peut donner un sens à sa vie. In the Footsteps of Yellow Woman nous montre le pouvoir de la sagesse des femmes à travers un dialogue entre une jeune fille navajo et sa grand-mère, tandis que The Voice of the Mapuche nous dit comment les persécutions peuvent renforcer le sentiment d'identité et le lien avec la nature. Le message n'est pas seulement honnête, il est pertinent. Les peuples autochtones sont aussi conscients que nous des risques de catastrophe écologique. Ils savent que les excès du monde industrialisé les menacent également mais ils n'en nourrissent pas un ressentiment aussi grand que nous pourrions l'imaginer. Quoi qu'il arrive, nous n'avons pas le choix : pour survivre, nous devons unir nos forces et trouver un nouveau mode de vie au-delà de l'hyperconsommation. Spirits for Sale nous montre comment la vie peut être plus que vivable et vraiment valoir la peine d'être vécue.

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