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AFAENAC Association des Familles Adoptives d'Enfants Nés Au Chili

Conversation téléphonique avec Mario Cabrera, Directeur de la Fundación CEPAS -Centro de Educación y Promoción de Acción Solidaria-, à Coronel

Blog de l'AFAENAC
Envoyé par Dominique Grange (AFAENAC)


Hier, 10 mars, j'ai enfin pu joindre au téléphone, Mario Cabrera, Directeur de la Fundación CEPAS -Centro de Educación y Promoción de Acción Solidaria-, à Coronel (8ème région -Bío Bío- Chili) et je vais essayer de restituer ici de façon aussi précise que possible son témoignage sur les conditions dans lesquelles ils vivent actuellement, lui et sa famille, ainsi que les habitants de ce secteur de la "zone du charbon", près de Coronel.

Avant tout, et c'est la nouvelle la plus réjouissante pour nous: nos amis sont tous sains et saufs, y compris la centaine de membres de l'équipe CEPAS qui ne déplorent aucune disparition, aucun décès. Par contre, beaucoup d'entre eux ont subi des dégâts plus ou moins importants dans leurs habitations, notamment, nous l'avons appris, Maritza, la directrice du Jardin Infantil Lucerito, à Tomé, dont la maison devra probablement être détruite et rebâtie.

Les conditions de vie actuelles sont extrêmement problématiques pour la population de ce secteur, aussi bien dans la ville de Concepción (dont le centre historique est dévasté), que dans des localités avoisinantes comme Lota ou Coronel (où tous les commerces ont été pillés, saccagés, et souvent incendiés), de même que dans le port de Talcahuano ravagé par le tsunami qui a suivi le séisme ou les petits villages de pêcheurs comme Dichato, détruit à 80% par la vague immense qui a jeté les bateaux les uns contre les autres et en a précipité beaucoup dans l'intérieur des terres, rasant tout sur son passage...

Depuis le 27 février, des répliques du tremblement de terre se reproduisent très régulièrement, à peu près toutes les heures, toujours puissantes, rarement au-dessous de 6 sur l'échelle de Richter. Les gens n'ont pratiquement pas dormi depuis onze jours. Tout le monde vit dans la peur, l'angoisse que le cauchemar recommence. Les quatre premières nuits, ils les ont passées dans le haut de la colline, sous des tentes. Dans ce camp de réfugiés improvisé avec les moyens du bord, il faisait froid la nuit, et dans l'obscurité totale, les enfants comme les adultes étaient terrorisés...Depuis, toute la famille est revenue dans la maison de Mario et Pamela, qui a subi quelques dégâts et dont les cheminées se sont écroulées. Mais les enfants ne veulent pas dormir dans leurs chambres, les adultes s'endorment ici et là, tout habillés, épuisés, prêts à partir à la moindre alerte...On dirait un récit de guerre.

La camionnette est dehors, chargée, avec le peu d'essence qu'ils ont pu se procurer, un bidon d'eau, des tentes, des sacs de couchage, quelques rations de nourriture données par l'armée en fonction du nombre de membres de la famille...Tout est prêt s'il fallait fuir le secteur...Mais on ne trouve plus d'essence nulle part, ils n'iraient pas bien loin...

Il n' y a toujours pas d'eau, elle manque cruellement, il faut l'économiser quand les militaires en distribuent un peu. Certains doivent aller assez loin, marcher jusqu'à une source qu'ont leur a signalée, et rapporter ce qu'ils peuvent. L'électricité est revenue mais elle est souvent coupée. Il n'y a aucune communication internet, ni par les téléphones portables. Rien ne fonctionne, c'est la désolation totale...Heureusement qu'il y a eu la radio régionale, Radio Bío Bío, qui a diffusé en continu depuis la nuit du séisme et a permis aux gens de n'être pas totalement coupés de toute information, d'avoir des nouvelles de certaines localités, ou de personnes disparues.
Les gens allaient l'écouter dans les voitures. Ca a été un vrai lien social et de solidarité depuis le jour de la catastrophe, il faudra vraiment rendre hommage à ceux qui l'ont animée pendant tout ce temps, commente Mario.

Concernant la nourriture, il faut essayer de se contenter des rations distribuées, et partager avec ceux qui n'ont rien et sont isolés à cause des nombreuses routes coupées. Alors on renoue avec les vieilles habitudes, la solidarité au poste de commande, "la olla común" (la marmite commune): chacun apporte ce qu'il a et on met en commun, et ainsi, tout le monde mange. Mais Mario ajoute: on est tellement sur les nerfs, tellement sans cesse en alerte, qu'on n'a même pas faim...L'important, dit-il, c'est aussi de trouver un peu de temps pour se consacrer à sa famille, rassurer les enfants, veiller aux besoins des plus anciens. Son père, très malade, a besoin de morphine en comprimés. Ils ont pu s'en procurer un peu, de quoi tenir quelques jours, mais comment faire pour en trouver à nouveau dans un tel chaos?

Pour aller à Coronel, il faut passer par le bord de mer, tout est défoncé, il n' y a plus de routes, les voitures ne passent pas. De toute façon, jusqu'ici, on ne s'y risquait pas, dit-il, c'était encore trop dangereux. On a vécu dans la peur depuis le 27 février, celle du séisme, bien sûr, mais aussi la peur des agressions, des bandes de pillards - qui n'étaient pas les gens les plus pauvres, comme on l'a raconté ici et là, mais des gens de la classe moyenne, qui dévalisaient les magasins en voiture! Un cauchemar absolu.
Et puis le marché noir a fait son apparition, faisant grimper les prix. celui du pain, par exemple, qu'on achète actuellement quatre fois plus cher qu'avant...On ne trouve plus non plus de farine: il y avait un moulin pas très loin, il a été saccagé et incendié. Tout est très difficile et on ne trouve aucun produit de première nécessité: le lait manque pour les tout-petits, les couches aussi. Nous avons été obligés de "piller" nos propres réserves, dans plusieurs des crèches et Jardins d'enfants du CEPAS, explique encore Mario, et nous avons fait des distributions de lait et de couches aux voisins, aux familles les plus pauvres du coin.

Il est aussi très difficile de circuler: sur le fleuve Bío Bío, deux des trois ponts se sont écroulés: le Puente Viejo, qui n'était plus utilisé, et un autre, qui s'est comme coupé en deux, provoquant la chute de plusieurs véhicules. Le seul pont qui ait tenu connaît des embouteillages indescriptibles. Aucun transport en commun ne fonctionne dans toute la région...Et puis avec le couvre-feu qui était très long, jusqu'ici (de 18h à 12h le lendemain), il n'y avait pas assez de temps pour aller quelque part, même à pied. Maintenant, il a été ramené de 21h à 6h du matin, ce qui est quand même mieux.

Le 9 mars, près de la moitié des membres de l'équipe CEPAS (une cinquantaine) se sont retrouvés au Jardin Infantil Buen Retiro (qui a bien tenu), à Coronel, pour la première fois depuis le séisme. Ils ont eu la joie de constater que tout le monde était indemne, ainsi que leurs familles. Encore dans l'ignorance des dégâts dans les différentes écoles et crèches gérées par la Fondation CEPAS et dans la perspective de pouvoir, peut-être, en ouvrir certaines aux enfants, ils ont décidé de faire ce qu'ils ont appelé "un diagnostic" de la situation, afin d'évaluer toutes les conséquences, au plan humain et au plan structurel, du désastre qui a frappé très durement cette région:
- Situation de chacun des collaborateurs CEPAS et dommages subis par leurs habitations
- Situation des enfants accueillis dans les structures, familles aidées par CEPAS, et dommages subis par leurs habitations
- Etat des différents bâtiments : dommages légers, moyens, écroulement ou nécessité de raser pour reconstruire.

Il faudra répondre à toutes ces interrogations avant d'envisager la reprise des activités du CEPAS. Aussi est d'ores et déjà prévue, pour cette fin de semaine, une première visite d'ingénieurs civils et d'experts dans les zones accessibles, qui devront évaluer l'étendue des dégâts et les risques que peuvent présenter les différentes constructions pour les enfants et les personnels éducatifs qu'elles sont supposées accueillir. Tout cela va prendre du temps, il y aura des commissions, des expertises et des contre-expertises, des conclusions, et des décisions à divers niveaux administratifs...on peut imaginer que tout cela va sans doute prendre beaucoup de temps et que les enfants de familles en grande difficulté, privés de l'accueil, de l'attention, de l'éducation et de la nourriture qu'ils recevaient jusqu'ici dans les structures CEPAS, seront alors gravement pénalisés par les conséquences de ce tremblement de terre dévastateur du 27 février dernier.

A la fin de notre conversation, j'ai fait part à Mario de notre soutien inconditionnel, de l'information que nous avons essayé de tenir à jour sur notre Blog, chaque fois que nous avons eu, par un canal ou un autre, des nouvelles du Chili, et notamment de la région Bío Bío. Je luiai dit qu'Arnaud Béchade, de Comparte nous avait aussi donné des nouvelles et que nous avions échangé des informations à plsueirs reprises. Je l'ai également informé de notre appel à la solidarité sur le Blog AFAENAC et de notre volonté de soutenir la Fundación CEPAS de toutes nos forces. Je peux vous dire qu'il en a été très heureux et il nous a tous remerciés à plusieurs reprises, très chaleureusement. Notre soutien, même lointain géographiquement, tout comme celui de la Fundación Comparte, leur est indispensable pour y puiser la force de continuer, et de survivre avec le peu de moyens qu'ils ont, dans des conditions extrêmement précaires, mais sans perdre l' espoir de s'en sortir.

Mario, Pamela, Benjamín, Quique, Victor, y todo(a)s lo(a)s compañero(a)s de CEPAS, pueden contar con el apoyo y la solidaridad indefectible de AFAENAC.

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