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AFAENAC Association des Familles Adoptives d'Enfants Nés Au Chili

Courant d'ère. Qu'est-ce qu'une catastrophe ? (letelegramme.com)

Blog de l'AFAENAC

Il faut vivre une catastrophe pour savoir ce qu'est une catastrophe. Cela ne se raconte pas, ne se transmet pas. La fragilité du reportage est, ici, extrême. Et l'analyse défaillante. Samedi matin, aux aurores. Coup de fil de Bolivie: il vient d'y avoir un tremblement de terre au Chili, il paraît qu'ils sont vivants, mais la communication a été aussitôt coupée («ils», c'est ma famille par alliance). Nous essayons le téléphone, rien; internet, rien; la télé, pas encore. L'AFP confirme qu'une secousse - énorme - a été enregistrée. Et c'est tout. Une catastrophe, c'est d'abord le silence. Puis nous parvenons à nous connecter sur le site de la télévision vénézuélienne Telesur qui met son antenne à disposition. La présidente dit que l'épicentre est situé en mer, dans le Sud, et qu'aucun tsunami n'est à déplorer.

 

La Marine l'a mal informée. Une catastrophe, c'est l'erreur, l'approximation et le courage. L'attente. De longues heures plus tard, mon beau-frère nous appelle (on ne sait pourquoi, il peut appeler mais pas recevoir). Oui, ils sont vivants, tous. Les fenêtres de la maison du fils sont tombées, la petite piscine, dans le jardin, s'est complètement vidée, l'escalier se gondolait du haut en bas.

 

Mais on s'en fout, des fenêtres et de l'escalier, on s'en fout royalement, ils sont vivants. Une catastrophe, c'est le changement radical d'échelle. L'important de maintenant n'est plus l'important de la minute qui précédait. On sait à présent. On croit savoir. Une vague géante, suivie de plusieurs autres, a dévasté les villages de la côte, près de Concepcion. Une tante habite là-bas. Au bout d'un jour, nous apprenons que sa maison a été emportée. Mais qu'elle est vivante. CNN nous abreuve d'explications pédagogiques et de raz de marée qui ne viennent pas. Les journalistes ne parlent plus que de pillages, mêlant mouvements de la faim et rapines véritables. Une catastrophe, c'est la confusion.

 

Et là-dessus, la tempête en France. Les digues rompues, les victimes noyées, l'immobilier suspect. Les médias se déplacent, et c'est légitime, il y a vraiment de quoi, 50 morts ou 1.000 morts, c'est pareil pour ceux qui sont en deuil. On recense, on déplore, on interroge.

 

On aimerait trouver des responsables immédiats, incontestablement fautifs. Parce que la catastrophe, c'est la chance ou la malchance aléatoires, et cette loterie est insupportable. Au bout du compte, une catastrophe, c'est de prendre conscience que nous sommes tous des survivants. Je crains fort que les Haïtiens en aient plus conscience que d'autres.

  • Hervé Hamon

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