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AFAENAC Association des Familles Adoptives d'Enfants Nés Au Chili

Donner une famille à un enfant et non un enfant à une famille (www.clicanoo.re)

Blog de l'AFAENAC

Les familles adoptives ont toutes un point commun : elles placent l’enfant au centre du projet de vie. Le lien n’en est pas moins viscéral que dans le cas d’une filiation directe. L’attachement pas plus léger.


Lorsqu’il parle de son expérience personnelle, Philippe Bravard en frissonne encore. "Le jour où le service social du conseil général nous a invités à la pouponnière à rendre visite à l’enfant que nous attendions, nous étions très émus ma femme et moi. C’était un heureux événement dans notre vie." Pour ce couple de métropolitains implantés sur l’île (suite à un coup de cœur), cette petite Réunionnaise qu’il a adoptée, est considérée comme si elle était le fruit de son œuvre. "Au-delà de la conjonction de quelques gamètes, ce qui forge le lien de filiation entre le parent et l’enfant, c’est le tissage de relations quotidiennes imprégnées de mots et d’actes destinés à l’élever au sens propre du terme," poursuit Philippe. Son épouse et lui-même sont ravis de l’évolution de la petite. "En grandissant, elle adopte les coiffures de sa mère par exemple," s’émerveille le père. Dans la famille, on fête l’anniversaire de tout un chacun, mais surtout on fête le jour où l’enfant a pris place à la maison. "Elle a coutume de dire qu’elle a deux anniversaires. Celui de sa naissance biologique et celui du jour de la naissance de notre famille."


"L’adoption n’est pas un supermarché"

Adopter c’est prendre par choix. C’est accueillir et témoigner d’un engagement fort, réellement motivé. Notre interlocuteur évoque "une volonté sans faille, une ténacité hors du commun, un humanisme jamais démenti et de l’amour, même si l’amour ne peut pas tout." L’affiliation prend le pas sur la filiation, l’intention affective prime sur le poids du passé biologique et historique. "C’est un choix longuement mûri. Nous accueillons l’enfant avec son histoire, ses souffrances, ses ruptures. Adopter c’est donner une famille à un enfant et non pas un enfant à une famille," souligne Virginie, maman d’un garçonnet de 7 ans (adopté alors qu’il avait un an) et aujourd’hui dans l’attente d’un autre petit. "Avant toute chose, nous devons tenir compte de son intérêt. D’autant plus que cet enfant a une histoire plus complexe que les autres, puisque faite de rupture.

L’adoption n’est pas un supermarché, elle n’est pas un droit à l’enfant pour nous parents. Elle n’est pas un succédané à la stérilité, pas plus qu’elle ne peut reposer sur une démarche humanitaire," insiste Christophe. Pourquoi souhaite-on adopter ? "J’avais besoin de m’intéresser à autre chose qu’à moi-même. Je ressentais un besoin d’ancrage plus que de maternité," raconte Florence. Ces enfants sont-ils acceptés et aimés avec la même intensité ? "Pas un seul instant cette question ne se pose à moi," s’exclame-t-elle. Avec Pierre-Henri, l’attente a duré trois ans. "Cette période nous a permis de mûrir notre projet, de le renforcer. Nous avions du mal à l’appréhender lorsque nous nous battions pour obtenir l’agrément, mais aujourd’hui, nous pouvons affirmer qu’entre l’enfant dont nous rêvions et l’enfant réel, il y a une adéquation totale."

La plupart des couples en demande sont motivés par la stérilité de l’un ou des deux membres. D’autres se sentent investis d’une "mission morale" ou bien cherchent à "être comme tout le monde", à "combler un manque", à "briser une solitude", à "se donner bonne conscience" ou encore "une belle image". Autant de motivations que les associations s’emploient à déceler, pour éviter déceptions et dérives. Aussi, les futurs parents sont-ils soumis à de multiples entretiens, questionnaires et enquêtes d’une grande minutie. "Cette mise à l’épreuve permet également de cerner la solidité des couples, leur volonté commune, leur tolérance, leur désir de rendre un enfant heureux, qu’il soit blanc ou coloré, dans l’amour et le respect", note Philippe Bravard.

Ce parcours du combattant peut durer cinq ou six ans. Grâce à ces échanges préliminaires et à un suivi des familles, les associations connaissent mieux les besoins des enfants adoptés, de même que les doutes et les difficultés des parents adoptifs. L’adoption n’est pas seulement la rencontre magique des désirs, elle reste une aventure complexe, parfois semée d’aléas, il faut le savoir et être capable de faire face. Blandine Hamon, mère de quatre enfants (dont deux adoptés) doctoresse et auteur de Parents par adoption, des mots pour le quotidien en sait quelque chose. "C’est parfois le cas à l’adolescence. Il arrive que l’enfant remette en cause son adoption, pour finir, le plus souvent, par adopter ses parents"

A. J.

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