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AFAENAC Association des Familles Adoptives d'Enfants Nés Au Chili

La fin de l’impunité au Chili ? (www.affaires-strategiques.info)

Blog de l'AFAENAC

La transition démocratique chilienne a souvent été présentée comme une référence pour le reste de la région. Le régime « démocratique » chilien d’après 1989 s’est en effet caractérisé par sa surprenante stabilité. Pourtant, si les forces militaires se sont de toute évidence désengagées de la vie politique, la question de la violation des Droits de l’Homme n’a jamais été réglée. Faut-il privilégier la recherche de la vérité et les jugements ? Ou le pragmatisme nécessaire à la réconciliation ? Tel a longtemps été le dilemme chilien. La décision prise par le juge Mario Carrozas est donc en ce sens historique : il a confirmé mercredi 2 juin l’ouverture d’une enquête sur 100 exécutions politiques présumées sous le régime de Pinochet.


Le 5 octobre 1988 a marqué le début de la transition démocratique au Chili puisque ce jour-là les Chiliens ont refusé à 56% la prolongation du mandat d’Augusto Pinochet. Cependant, la Constitution de 1980 avait établi un verrouillage complet de la vie institutionnelle au profit des militaires, et Pinochet lui-même n’a pas quitté la scène politique chilienne. Les généraux étaient d’autant plus protégés que le décret d’amnistie voté en 1978 couvrait la période 1973-1978, soit la période où la majorité des crimes, en particulier les disparitions forcées, ont été perpétrés. 


Ce n’est que progressivement que les forces armées se sont retirées du pouvoir et ce retrait ‘pacifique’ s’est fait également grâce à la chape de plomb qu’imposait la loi d’amnistie. Autrement dit, les forces armées se sont « professionnalisées », c’est-à-dire à proprement parler se sont cantonnées à l’espace de la défense nationale, mais dans un esprit voulu de coopération : il s’agit de protéger le statu quo. C’est sans doute l’arrestation de Pinochet à Londres en 1998 qui rompt un silence prolongé et remet sur le devant de la scène la question de l’impunité. Mais le concept de « réconciliation nationale » reste la priorité des gouvernements. Michèle Bachelet elle-même, pourtant personnellement touchée par le violence du régime Pinochet, annonce lors de son discours d’ouverture en 2006 « (sa) volonté d’incarner l’unité nationale après les divisions du passé ». Les mesures en faveur des droits de l’Homme se limitent donc à des Commissions, des réparations et de bonnes paroles. Quant à la Cour suprême, de même que la Cour d’appel, elles continuent d’accorder systématiquement des privilèges à des militaires condamnés pour des crimes commis pendant la dictature et A. Pinochet décède en 2006 sans avoir été jugé. 


La transition chilienne s’inscrit donc dans un processus totalement différent de celui que connaît l’Argentine, les deux pays étant souvent comparés. Il est vrai cependant que les violations des Droits de l’Homme sous le régime argentin sont bien plus élevées qu’elles ne l’ont été au Chili. Mais contrairement au Chili, la justice argentine multiplie les procès et surtout les condamnations des anciens responsables d’assassinats, tortures et disparitions. 
Au Chili, l’arrivée de S. Piñera au pouvoir a de plus inquiété les défenseurs des Droits de l’Homme, bien que celui-ci ait promis l’application de l’Etat de droit dans son intégralité et 
« une accélération des procès en cours prenant en compte les critères habituels, qui incluent la prescription ». Mais en tant qu’homme de droite, directement issu des partis favorables au régime de Pinochet en son temps, il ne pouvait qu’éveiller la méfiance. Cela étant, la Concertación de Partidos por la Democracia (centre-gauche) qui a dirigé le pays pendant plus de 20 ans n’a pas non plus fait avancer la question de la violation des droits de l’Homme. Comme le souligne Alicia Lira, présidente de l’Association des familles d’exécutés politiques (AFEP) : «  Les informations existent, ce qui manque c’est la volonté politique de mener à bien les enquêtes  ». C’est l’AFEP justement qui a déposé les nouveaux dossiers devant le juge Mario Carrozas. L’association affirme détenir des preuves dans plus de mille cas, jamais instruits par la justice, d’exécutions politiques présumées et compte bien déposer de nouvelles plaintes. Mais les associations qui luttent contre l’impunité espèrent surtout que cette fois-ci la justice chilienne ira jusqu’au bout. 

Sources : RFI, Alternatives Internationales

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