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AFAENAC Association des Familles Adoptives d'Enfants Nés Au Chili

«La nuit d’en face», Raoul Ruiz et la Camarde - CINÉMA / 65E FESTIVAL DE CANNES / LA QUINZAINE DES RÉALISATEURS -

Blog de l'AFAENAC

Par Elisabeth Lequeret

Raoul Ruiz : "La nuit d'en face".

Trois âges d’un homme qui voit la mort venir. La nuit d’en face, un film posthume du Chilien Raoul Ruiz, projeté en première mondiale à La Quinzaine des réalisateurs.

Raoul Ruiz est décédé en août dernier. Son dernier film est à la mesure de sa pléthorique filmographie : prolixe, proliférant, ébouriffant de maestria, semant au gré des plans leurres et traquenards. Les contraintes budgétaires et le bricolage parfois à la limite du kitsch qu’elles impliquent y est contredit par une inventivité formelle de chaque instant. Les histoires s’y mêlent, s’entrelacent, se contaminent. Le passé embrasse le présent. D’outre-tombe les morts envoient leurs messages aux vivants.

Soit donc : un avocat sur le point de prendre sa retraite, dont le compagnon de promenade et meilleur ami se nomme Jean Giono. Un gamin surdoué obsédé par Beethoven. La propriétaire ou plutôt, dirait-on, la tenancière d’une pension de famille où même les placards semblent remplis de fantômes. Un voyageur se présente : est-il l’amant de la matrone, où un sicaire dépêché pour tuer le vieil avocat ?
 
Le sens échappe
 
Dans La nuit d’en face, le plus grand brio se met au service d’un système dont le sens échappe. Peu importe : sans en comprendre les enchainements, on en ressent la rigueur et la cohérence. C’est celle des cauchemars, ou bien celle des rêves. L’invention, ici, n’est pas au service du sens, mais des images, à l’instar de cette scène où sitôt suicidé (assassiné ?), le personnage principal nous entraîne à sa suite dans le canon du pistolet.
 
Il est difficile de ne pas y voir un ultime pied de nez de Ruiz à la Camarde qui l’emporta, à peine le tournage terminé. Film posthume, La nuit d’en face l’est sans nul doute. Mais c’est aussi un éclat de rire venu du ciel (ou de l’enfer) des cinéastes, une lettre d’adieu, un testament malicieux. Comment interpréter autrement son ouverture ? L’avocat laisse ses dernières instructions. Au loin, une secrétaire sanglote, puis éclate de rire, distraite par un clerc facétieux. La mort est là, mais ce n’est pas si grave, semble nous dire Ruiz, le dernier des Surréalistes, dans un ultime sourire.

 

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