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AFAENAC Association des Familles Adoptives d'Enfants Nés Au Chili

« Les séismes du Chili sont les plus grands au niveau mondial » (rue89.com/alma-latina)

Blog de l'AFAENAC

Par Cristina L’Homme | Journaliste | 04/06/2010 | 10H05


Raul Madariaga, sismologue, raconte ici le tremblement de terre de 9.5 sur l'échelle de Richter qui a secoué le Chili les 22 et 23 mai 1960, avant d'être interviewé sur cette tragédie par Cristina L'Homme.


Quand la terre s'est mise à trembler à Valdivia, atteignant 9.5 sur l'échelle de Richter, le 22-23 mai 1960, j'étais à Santiago, au stade de foot, avec mon père. Comme tous mes camarades du lycée, je me suis engagé comme volontaire pour aider les gens de Valdivia.

La zone à risques était surtout celle des lacs où s'était formé un barrage à cause d'un glissement de terrain. Les ingénieurs chiliens ont réussi à faire un trou dans le barrage permettant d'évacuer l'eau et d'éviter l'inondation de Valdivia.

Les conséquences du séisme étaient très localisées : à l'époque, il n'y avait pratiquement pas de construction en hauteur, ni d'autoroutes. La seule ville qui ait vraiment souffert était Concepción, qui a dû être complètement reconstruite sur pilotis. De gros piliers sont enfoncés dans la terre et les immeubles construits dessus… Si les pilotis se fracturent, l'immeuble penche mais ne s'écroule pas, c'est ce qui s'est passé lors du tremblement de terre du 27 février 2010.

Face au séisme de 2010, le Chili s'en sort tout seul

Le Chili de la côte du Sud était heureusement très peu habité en 1960 -contrairement à aujourd'hui où la région est très peuplée. La vague de tsunami qui a suivi le séisme a littéralement balayé Puerto Saavedra et Corral, le port de Valdivia. Tout comme Puerto Montt, complètement inondé, qui a du être reconstruit. D'ailleurs, quelques années plus tard en tant qu'élève ingénieur, j'ai participé à la reconstruction de ce Sud.

Mais beaucoup de gens ont paniqué et ont massivement migré vers Santiago, la capitale, où ils se sont entassés là où ils pouvaient, dans des bidonvilles.

Si on compare le tremblement de Valdivia en 1960 à celui de Constitución-Concepción en 2010, le contraste est immense. Non seulement en raison des dégâts, mais aussi parce qu'aujourd'hui, le Chili s'en sort tout seul.

Hormis des pays de l'Amérique latine qui ont apporté une grande aide aux sinistrés, le soutien international a été minime. Et pourtant, l'activité économique de la région sinistrée a été paralysée et le problème de logement n'est toujours pas résolu alors que l'hiver arrive à grandes enjambées.

En 1960 c'était l'inverse : tous les jours, nous assistions à un va-et-vient d'avions qui apportaient des vivres et des biens de première nécessité en provenance du Panama, des Etats-Unis… de partout dans le monde.

Cependant, le pays s'est vite remis du traumatisme. Le développement a repris son cours. En 1964, sous le gouvernement d'Eduardo Frei, les traces du tremblement de terre avaient disparues. Le pays était prospère.

« On ne peut pas prévoir un séisme »

Aujourd'hui, vous êtes sismologue et vous participez à un programme de recherche français…

Je travaille au sein d'un laboratoire international du CNRS qui s'appelle LIAMontessus De Ballore. C'est le nom d'un polytechnicien français qui est venu au Chili après le séisme de Valparaiso de 1906.

Le gouvernement chilien l'a invité à venir s'installer pour créer un institut de sismologie. Il est arrivé en 1907, a installé son institut sur le Cerro Santa Lucia, est resté jusqu'à la fin sa vie. Son œuvre comprend seize volumes sur les tremblements de terre dans le monde.

Pour lui rendre hommage, nous avons créé un laboratoire international auquel participe le département de géophysique de l'université du Chili, l'Institut français de physique du globe (IPG) et le laboratoire de géologie de l'Ecole normale supérieure (ENS) dont je fais partie.

Notre première étude au Chili a été publiée en 1998. Elle était financée par l'Europe, l'ANR. Elle parlait des risques d'un gros séisme (autour de 8.5 sur l'échelle de Richter) entre Concepción et Constitución au même endroit où s'était produit le séisme de 1835 qui avait été observé par Darwin et autres membres de l'équipage du Beagle.

Au Chili, il existe deux zones où peuvent se produire des tremblements de terre, nous avons donc installé deux réseaux : l'un, plus développé, au Nord, l'autre au Sud. Avec Christophe Vigny de l'ENS et Jean-Claude Ruegg de l'IPG, nous avons décidé d'aller travailler dans le Sud. Et c'est grâce à notre réseau d'antennes GPS et d'accéléromètres (appareils qui mesurent l'accélération du sol), que nous avons pu enregistrer ce qui s'est passé à Maule cette année. Tous les sismologues pensaient que le prochain séisme allait avoir lieu dans le Nord, ils ont donc été très surpris le 27 février.

Qu'avez-vous enregistré ?

Les instruments enregistrent les mouvement du sol : accélération, vitesse ou déplacement du sol, puis ces informations sont stockées sur disque dur. En ce moment, le LIA Montessus de Ballore collabore avec les sismologues américains et allemands. Ensemble, nous avons accès à une centaine d'instruments de mesure déployés sur le sol entre Los Vilos (zone nord, au Sud de La Serena) et Temuco (Sud).

Quel intérêt présente le Chili pour un sismologue ?

Les tremblements de terre au Chili sont les plus grands au niveau mondial. Celui qui a eu lieu en février de 2010 était le cinquième plus gros au monde.

Existe-t-il de fortes capacités sismiques au Chili ?

La sismicité varie, il y a des périodes de calme et des périodes très actives. Nous venons de sortir d'une période très calme : entre 1960 et 2010, il n'y a pas eu de séisme important (même s'il faut savoir que des séismes de magnitude jusqu'à 7, il y en a tout le temps au Chili).

Les gens ont oublié l'avant 1960, les structures publiques ont ignoré la possibilité d'un grand tremblement de terre, au point que personne n'était préparé pour faire face. Heureusement, ils ont réagi très vite.

Peut-on atteindre 11 sur l'échelle de Richter ?

Non, ce n'est pas possible. Pour qu'il y ait un 11, il faudrait que la zone de rupture s'étale sur à peu près 10 000 km. Or il n'y a pas de rupture continue sur une distance pareille.

Pourquoi est-ce qu'un séisme de 7.3 en Haïti est plus destructeur qu'un 8.8 au Chili ?

La magnitude d'un séisme, même élevée, enregistrée sur l'échelle de Richter ne veut pas dire qu'il y a automatiquement beaucoup de destructions. Le séisme le plus destructeur au Chili a été celui de janvier 1939, à Chillan, qui atteignait 8.1 : il a fait 20 000 morts ! L'odeur de la mort pouvait se sentir à 50 km à la ronde…

Pouvez-vous nous expliquer ce qui s'est passé lors du tremblement de terre du 27 février 2010 ?

La plaque de Nazca, la plaque litosphérique qui se trouve sous le Pacifique, descend sous le Chili. A Santiago, elle se trouve 100 km sous nos pieds. La plaque se déplace vers le continent, elle avance d'environ 7 cm par an, ce qui s'appelle la subduction.

Cette avancée fait que des tensions vont s'accumuler dans la zone de contact entre les deux plaques (Nazca et Amérique du Sud) et vont être libérées lors d'un tremblement de terre. C'est un processus inévitable : la plaque avance et la terre tremble pour relâcher les tensions. La zone touchée le 27 février n'avait pas eu de tremblement de terre depuis 175 ans, et la plaque avait avancé de près de 14 mètres. Si on compare à Valdivia en 1960, il s'agissait d'une avancée de 40 mètres car il n'y avait pas eu de séisme depuis 1575 !

La cordillère des Andes est la conséquence principale de la subduction. Elle aussi « monte » mais à quelques millimètres par an. En face, l''Argentine est constituée de roches beaucoup plus rigides que le Chili, ce qui signifie que la plate-forme argentine écrase les Andes. Le Chili est en quelque sorte pris en sandwich entre l'Argentine et la plaque de Nazca.

Si la tension s'est relâchée dans le Sud, est-ce que cela signifie qu'elle s'est reportée ailleurs ?

A notre avis, les tensions se sont reportées vers le Nord, vers la région de Coquimbo qui n'a pas eu de séisme important depuis 1880. C'est une région que nous surveillons avec intérêt et où nous avons détecté un phénomène étrange : la plaque de Nazca glisse sans accumuler trop de contraintes et nous ne savons pas pourquoi. Heureusement, cela pourrait retarder la rupture dans cette zone.

On constate qu'une forte réplique suit un gros tremblement de terre. Le 11 mars 2010, il a eu une réplique de 6.9 sur l'échelle de Richter : s'agissait-il de la fameuse « forte » ?

Normalement, un séisme de magnitude 8.8 doit être suivi d'une réplique de magnitude 7.8 dans les jours, la semaine voire les deux mois qui suivent. C'est ce qu'on dit, c'est la règle et en général elle est vérifiée. C'est ce qui est arrivé dans la plupart des séismes dans le passé.

Maintenant, trois mois se sont écoulés… et tout ce qui a eu lieu depuis, ce sont des répliques inférieures à 7. Même celle du 11 mars, qui a effrayé beaucoup de monde lors de la prise de fonction présidentielle, n'était pas « la grosse réplique attendue ». La raison de l'absence de grosse réplique reste une énigme pour nous. Cela peut vouloir dire soit que le séisme s'inscrit dans une suite de petits séismes ayant eu lieu avant, soit qu'on est en attente d'un gros.

Existe-t-il une possibilité d'anticiper un séisme, de le prévoir ?

Non. La seule chose que nous avons pu constater en 1996, quand nous avons réalisé des enregistrements pour la première fois, c'était que la région au nord de Concepción était complètement bloquée, qu'il n'y avait pas eu de séisme, même petit depuis longtemps. Et que depuis quatre ou cinq ans, il a commencé à y avoir des petits tremblements de terre, au large de la rivière Itata, qui débouche dans la mer et où, curieusement, il n'y a pas eu de tsunami.

C'est la seule évidence que quelque chose se soit passé avant le séisme qui aurait pu l'annoncer. Mais personne n'ose interpréter ce genre d'événements.

Le Chili est un pays de plus de 2 900 volcans. Est-ce que les séismes produisent des effets sur l'activité des volcans ?

Au Chili, les volcans de la région centrale sont andésitiques, ils sont bouchonnés et rarement en activité. Mais à partir de Talca, les volcans changent de caractéristiques, et dans la région des lacs ils sont pratiquement tous en activité. Le Llaima, L'Osorno de Llanquihue, le Nevado de Chillan, le Tupungato de Talca…

On a souvent remarqué que certains séismes coïncidaient avec des éruptions dans ce Sud du pays. Mais il n'y a pas de relation de cause à effet systématique. La communication entre les deux phénomènes est hypothétique. La plupart des scientifiques n'y croient pas.

Cependant, les volcans naissent de la subduction : quand la plaque océanique descend, par frottement elle chauffe le manteau et ça crée des laves qui montent par les volcans.

Comment peut-on prévenir un séisme ?

En ce moment, il y a un débat sur les zones d'inondation. Il y a ceux qui voudraient interdire de construire sur les zones d'inondation du tsunami et ceux qui disent qu'il s'agit d'une violation d'un droit privé. Pour ces derniers, le business prime sur la vie humaine et la prévention. Ça, c'est condamnable ! Parce qu'on sait parfaitement ce qu'il faut faire pour éviter la catastrophe, pour protéger : éviter à tout prix que les gens s'installent sur les terrains inondables et dédommager les propriétaires. Pour qu'ils aillent investir ailleurs.

La marine chilienne possède des cartes d'inondation de tous les ports et de toutes les rivières du pays. Elle sait parfaitement où on peut construire ou pas. L'important, pour le futur, c'est de prendre des précautions.

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