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AFAENAC Association des Familles Adoptives d'Enfants Nés Au Chili

Quand s’élèvent nos voix (Des Andes à l'Amazonie, une odyssée en terre indienne) , de Sylvie Brieu

Blog de l'AFAENAC
Quand s’élèvent nos voix  Des Andes à l’Amazonie, une odyssée en terre indienne,de Sylvie Brieu. Éditions Albin Michel, 320 pages, 22 euros.
Quand s’élèvent nos voix. Des Andes à l’Amazonie, une odyssée en terre indienne, de Sylvie Brieu. Éditions Albin Michel, 320 pages, 20 euros.

 

 

Des Andes à l’Amazonie, le génie des peuples originels

C’est un bréviaire de la survie, un hommage à l’art de la résistance et aux vertus de l’opiniâtreté. « Nous ne sommes pas des Indiens archéologiques. Nous existons toujours ! », clament les irréductibles autochtones auxquels s’attache l’ouvrage Quand s’élèvent nos voix - des Andes à l’Amazonie, une odyssée en terre indienne. Cette protestation contre une vision des peuples premiers comme dernières reliques d’un monde perdu, vouées aux oubliettes de l’histoire, Sylvie Brieu n’a cessé de l’entendre au cours de ses pérégrinations sud-américaines.

Journaliste depuis douze ans au National Geographic France, où elle s’emploie, dans ses reportages, à témoigner des luttes des peuples autochtones, elle a largué les amarres en 2008 à la faveur d’une année sabbatique – cédant à un tropisme amérindien développé dès l’enfance dans sa région d’origine, située à quelques encablures d’une Espagne bruissant du souvenir des conquistadors. Un voyage au long cours, du Pérou au Brésil, en passant par l’île de Pâques, le Chili et l’Argentine, à la rencontre des Amérindiens, pour prendre le pouls d’Abya Yala – le nom qu’ils donnent à leur continent. Et pour mesurer combien, au pied de la grandeur poussiéreuse des temples incas et des statues rapanuies, vibrent des cultures contemporaines, où éclosent œuvres poétiques, projets audacieux et combats décisifs.

Partie sans itinéraire préétabli ni contrainte de temps, Sylvie Brieu livre le carnet de route d’un vagabondage inspiré, nourri des travaux de nombreux spécialistes du continent et, surtout, de rencontres exceptionnelles, nouées au hasard des circonstances, qui donnent tout leur poids de chair aux théories sur le réveil des peuples premiers. Dans son récit polyphonique résonnent les voix des figures de proue de ce renouveau, à l’image de la poétesse mapuche Graciela Huinao, du réalisateur péruvien Luis Figueroa Yábar ou du patriarche Alberto Hotus Chávez, mémoire vivante des Rapanuis. Des rencontres assorties, privilège rare, de séjours chez l’habitant au sein de tribus qui n’accordent que parcimonieusement leur hospitalité aux étrangers. Ainsi des Xavantes, en Amazonie brésilienne, dont l’auteur gagne le village à la nuit tombée, après un voyage harassant, et où elle se voit finalement invitée à rester, au terme d’un conseil des anciens au protocole et à la langue inconnus, mené à la belle étoile. Point d’orgue du périple, une incursion saisissante dans le territoire d’une des dernières tribus non contactées de la forêt amazonienne, en compagnie des fonctionnaires de la Funai, l’agence brésilienne en charge des Indiens, qui veillent avec un dévouement inouï à la préservation de populations qu’ils ne rencontreront jamais.

L’ouvrage ne masque rien des heurts et malheurs des populations indigènes, assiégées par les éleveurs de bétail, les planteurs de soja et autres multinationales forestières, dans une atmosphère de haine, d’intimidations routinières et de racisme ordinaire. En dépit de ces zones d’ombre, le récit est lumineux, qui capte l’inventivité et l’extraordinaire résilience des populations autochtones. « Tout au long de mon séjour, les Indiens m’ont accueillie avec générosité. Ils m’ont confié des témoignages tellement forts, liés notamment à leur survie, que j’avais la responsabilité de leur offrir une tribune, explique Sylvie Brieu. Non seulement ils résistent depuis cinq cents ans aux massacres, à l’exploitation, à la discrimination, mais ils sont sans cesse en train d’innover, de rebondir pour relever des défis contemporains, et ils parviennent de plus en plus à faire entendre leurs voix. Leur combat donne une leçon d’espoir. » À l’image des Suruís (en haut), au Brésil, peuple dont les premiers contacts avec l’homme blanc remontent à une quarantaine d’années seulement et qui maîtrise déjà les codes de la culture médiatique occidentale et ses dernières technologies, usant, entre autres, d’un partenariat avec Google Earth pour lutter contre le déboisement illégal.

Le périple de Sylvie Brieu s’achève aux Nations unies, à New York. Là, l’administration planche sur le réchauffement climatique en s’inspirant de la gestion durable des ressources pratiquée par les peuples autochtones. Un ultime pied de nez aux préjugés entourant le « bon sauvage ». Et une manière de rappeler que de leurs voix ne dépendent pas seulement leur salut mais aussi le nôtre.

 

Marie-Amélie Carpio (in http://www.nationalgeographic.fr )

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