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AFAENAC Association des Familles Adoptives d'Enfants Nés Au Chili

«Salmonopoly» dévoile les pratiques de l'élevage du saumon

Blog de l'AFAENAC

La demande mondiale de saumon ouvre des perspectives plus que juteuses pour des investisseurs comme le norvégien John Fredriksen, le principal actionnaire du plus grand éleveur de saumon au monde, Marine Harvest. Le réalisateur allemand Wilfried Huismann décrypte les pratiques de cette société aussi discrète que puissante et dévoile dans son documentaire «Salmonopoly» la réalité ds fermes aquacoles chiliennes. Interview.

Novethic : Vous abordez dans ce documentaire la grande épidémie qui a touché entre autres les élevages de saumon chiliens infectés par le virus IAS. Que se passe-t-il avec les poissons qui contractent ce virus et quel impact a-t-il sur les salariés de Marine Harvest ?

Wilfried Huismann : Le poisson infecté saigne intérieurement et il n’existe pas de traitement contre ce virus [qui ne constitue pas une menace pour l’espèce humaine, ndlr]. On doit alors tuer les saumons malades qui, au Chili, atterrissent ensuite dans la production de farine de poisson. Elle sert par la suite à nourrir les saumons d’élevage. Ce sont les plongeurs qui doivent ramasser les poissons mort ou malades. Ils doivent plonger par tous les temps, y compris quand la mer est agitée, et ils doivent plonger trois fois plus longtemps et plus profond que la loi chilienne ne le permet. Mais personne ne vient contrôler et pourtant ils risquent leurs vies en plongeant dans ces conditions. Durant ces dix dernières années, cent plongeurs sont morts au Chili, contre un en Norvège. Le plongeur Cristián Soto a perdu beaucoup de ses amis. Les conditions de travail sont catastrophiques, la société économisent sciemment sur les équipements techniques qui permettrait d’assurer la sécurité des plongeurs. Lors de mes interviews, ils m’ont dit que des plongeurs morts coutent moins chers à la société que ces équipements techniques.

Vous avez filmé au Chili en 2009. Savez-vous ce qu’est devenu Cristián Soto ?

Il a été licencié peu après le tournage du documentaire. Non pas en raison de ses propos tenus dans le film, mais parce que la ferme aquacole d’élevage de saumon où il travaillait a fermé ses portes suite au virus [La production avait alors considérablement chuté, passant de 400 000 à 250 000 tonnes en 2009, ndlr]. Lui et les autres salariés ont perdu leurs emplois mais certains d’entre eux ont été réembauchés pour travailler cette fois dans une ferme, pas très loin, d’élevage de truites, celles-ci étant résistantes à l’AIS. Mais ils sont payés deux fois moins que lors de leurs derniers emplois.


Comment expliquer les ravages du virus AIS dans les fermes de Marine Harvest ?

La société élève non pas 100 000 saumons dans ses cages sous-marines comme en Norvège, mais 200 000. Avec 10 de ces cages, cela fait donc deux millions de poissons. Les cages sont bien trop près les unes des autres, des conditions idéales pour la propagation du virus. C’est si étroit que les poissons manquent même d’oxygène. Lorsque l’on parcourt les Fjords chiliens, on voit flotter d’énormes citernes qui injectent de l’oxygène aux poissons. Ce qui n’empêche pas des morts en masse. Les plongeurs que nous avons interviewés nous ont confirmé qu’ils devaient repêcher plusieurs centaines de saumons morts par jour, voire jusqu’à 3000 lors des vagues d’épidémies. Et ce, alors même que l’industrie du saumon injecte 600 tonnes d’antibiotiques par an dans ses fermes, parfois même des antibiotiques destinés à la médecine humaine. La législation chilienne le permet, bien que ces antibiotiques soient une cause majeure d'intoxication de la population et de la faune locale. 

Qui sont les habitants de cette région du Chili travaillant dans ces fermes aquacoles ?

Ce sont surtout des pêcheurs pratiquant la pêche artisanale et des fermiers avec de petites surfaces agricoles. Beaucoup également dépendent des fruits de mer pour vivre. Mais l’industrie du saumon a tout détruit. On ne le voit pas dans le film, mais nous avons pris un bateau doté d’un robot sous-marin en compagnie d’un scientifique allemand. Nous avons filmé le sous-sol marin. Tout y est détruit, il ne reste plus aucun signe de vie, tout est mort - privant les habitants de leurs principales sources de revenus. 


Qui est John Fredriksen, le principal actionnaire de Marine Harvest ?

John Fredriksen est un investisseur à la tête d’une fortune privée estimée entre 5 et 10 milliards d’euros. Il détient des plateformes pétrolières ainsi que la plus grande flotte de pétroliers au monde. Il n’a donc au départ rien à voir avec l’industrie du saumon. Lorsqu’il a perçu les gains possibles offerts par cette industrie, il a racheté une entreprise au bord de la faillite qu’il a ensuite fusionnée avec deux autres. Et il est devenu d’un coup le numéro un mondial de l’industrie du saumon. C’est un investisseur qui cherche toujours à être le plus grand. Il vient d’un milieu très modeste, n’a rien hérité de ses parents, et a toujours dû faire ses preuves. C’est une personnalité très timide, il évite tout contact avec le public mais il est aussi aussi hargneux et dangereux dans les affaires. J’ai interviewé deux journalistes économiques norvégiens qui se sont penchés sur l’origine de sa fortune et qui dévoilent les sources mafieuses de cette fortune.

Pourquoi vous êtes-vous concentré uniquement sur Marine Harvest sans évoquer l’autre géant du saumon, le norvégien Cemaq ?

D’une part parce que Marine Harvest est le numéro un du saumon au monde, le numéro un en Norvège mais aussi au Chili, au Canada et en Ecosse. Et que l’entreprise n’entend pas s’arrêter là…

Cliare Stam à Francfort (Allemagne) 
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