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AFAENAC Association des Familles Adoptives d'Enfants Nés Au Chili

Victor Jara : la justice du Chili ouvre les yeux (Liberation)

Blog de l'AFAENAC
Par FRANÇOIS-XAVIER GOMEZ

Procès. Huit militaires seront jugés pour l’assassinat en 1973 du chanteur, après le putsch de Pinochet.


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Photo non datée de Victor Jara. - REUTERS

 «On lui fit mettre la main gauche/ sur la table et un officier/ d’un seul coup avec une hache/ les doigts de la gauche a tranché/ d’un autre coup il sectionna/ les doigts de la dextre et Jara/ tomba…»

Dans sa chanson Lettre à Kissinger, le Wallon Julos Beaucarne faisait, en 1975, le récit du supplice du chanteur chilien Victor Jara, dans les jours qui suivirent le coup d’Etat du général Pinochet, le 11 septembre 1973.

 Membre du Parti communiste et symbole de l’Unité populaire, union de la gauche qui porta au pouvoir le socialiste Salvador Allende en 1970, Victor Jara est une des victimes du coup d’Etat dont la mort reste à ce jour impunie. Mais la justice chilienne vient de faire un pas décisif en inculpant huit militaires d’assassinat ou de complicité.

Rafale. Le 11 septembre 1973, Victor Jara était à l’université technique de Santiago, où il enseignait le théâtre. Barricadé avec les étudiants, il est arrêté le lendemain et emmené avec 600 prisonniers, non pas au Stade national, saturé, mais dans le plus modeste Estadio Chile, un gymnase couvert.

Les témoignages des survivants et d’un appelé du contingent ont permis de reconstituer les derniers jours du chanteur. Reconnu par les militaires, humilié et violemment battu, il meurt le 15 septembre, abattu par une rafale de fusil-mitrailleur. Parmi les corps entassés à la morgue, des employés reconnaissent celui de Jara et préviennent sa femme, Joan, d’origine anglaise. Qui le récupère et l’enterre. En 2009, après une longue bataille juridique, la justice accepte d’exhumer le corps. Le rapport médico-légal, qui recense 44 impacts de balles dont un coup de grâce dans la tête, est fondamental dans l’acte d’accusation.

Sur les huit inculpés, six sont en prison, dans l’attente du procès. Un autre est en hôpital psychiatrique, les experts devant décider si sa santé mentale est compatible avec une comparution. Le dernier, soupçonné d’être l’auteur du coup de grâce, était connu sous le surnom d’El Principe (le prince). Selon le juge d’instruction, il s’agit de Pedro Barrientos Núñez, lieutenant en retraite installé aux Etats-Unis. Un mandat d’arrêt international a été lancé contre lui. En avril dernier, une équipe de télévision chilienne l’a rencontré chez lui à Deltona, en Floride, où il vend des voitures. L’homme affirme n’avoir jamais mis les pieds à l’Estadio Chile.

Victor Jara n’eut pas les mains coupées, comme on ne l’apprit que des années plus tard. Joan Jara a raconté dans un livre (1) dans quel état elle trouva le corps de son mari à la morgue : «Criblé de balles, les mains non pas tranchées mais broyées.»

Mémoire. Outre Julos Beaucarne, de nombreux artistes (Gilles Servat, Calexico, U2…), ont évoqué Victor Jara. En France, des noms de rue, de médiathèque ou de MJC dans des municipalités de gauche perpétuent sa mémoire, mais ses disques sont rares et ses chansons, méconnues. Même la plus célèbre, Te recuerdo Amanda(«je me souviens de toi, Amanda»), histoire d’amour sur fond d’usine en grève.

(1) «Victor Jara, un chant inachevé», éditions Aden, 2007, épuisé.

 

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