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AFAENAC Association des Familles Adoptives d'Enfants Nés Au Chili

Le Chili ouvre enfin les yeux sur son passé (courrierinternational.com)

Blog de l'AFAENAC
Le Chili ouvre enfin les yeux sur son passé (courrierinternational.com)

Le fondateur de l'hebdomadaire satirique The Clinic explique pourquoi les commémorations du coup d'état du 11 septembre 1973 prennent beaucoup plus d'ampleur que lors des décennies précédentes.

Les 1 163 prisonniers disparus, les 2 095 personnes exécutées et, selon lerapport Valech [publié en 2004], les 38 770 personnes ayant été emprisonnées ou torturées ont bien été enregistrées. Personne n'oserait dire aujourd'hui que ces crimes ont été commis par temps de guerre. Mais, ces dix dernières années, nous avons choisi de ne pas trop remuer le couteau dans la plaie. Ne soyons pas trop sévères envers nous-même, le traumatisme est seul responsable.

La peur nous a laissés étourdis. Et ce sont les familles directes des disparus, en majorité des femmes, qui ont maintenu pendant des années la mémoire à vif. Rapidement, pourtant, ces mêmes familles ont arrêté de pleurer, ou peut-être ont-elles continué à le faire mais nous ne les entendions plus. Il n'y avait pas de place pour les larmes au milieu de la fête à laquelle nous étions tous conviés par ce nouveau Chili. Depuis, les petits-fils des putschistes et de leurs victimes sont devenus majeurs. Les meneurs du mouvement estudiantin de 2011 sont nés après Pinochet et aujourd'hui ils se demandent : mais qu'est-ce qui s'est passé ici ?

Contrairement à ce que le prétend une bonne partie de la droite, il n'y a ni haine ni désir de revanche dans ce pays. Bien au contraire, il me semble que la patience, parfois aveugle, continue à primer sur le désir de vengeance. Le titre de la série télé Images interdites [diffusée depuis le 14 août à partir d'archives inédites sur la dictature, le plus souvent filmées par des journalistes étrangers] est à ce titre éloquent. Quelqu'un a-t-il interdit ces images ? Personne. Ces images ont toujours été là, mais personne ne voulait les voir.

Abandonner nos œillères

Aujourd'hui elles font des audiences faramineuses. La série [diffusée à compter du 9 septembre] d'Andrés Wood, La Caravane de la mort [un escadron de la mort qui a sillonné le Chili du 14 au 22 septembre 1973 pour exécuter des opposants], a été la plus regardée de la semaine. C'est une bonne chose. Cet intérêt montre à quel point le peuple chilien a changé ; qu'il est temps d'abandonner les œillères, que l'on peut désormais exiger davantage, que la démocratie n'est plus menacée par les questions qui dérangent, et qu'au contraire elle en sort grandie à chaque fois que ces questions trouvent des réponses.

Cet état de fait est très difficile à admettre pour une bonne partie des puissants de notre pays : pour la droite, pour ceux qui ont fait fortune sous la dictature, pour les journalistes qui se sont comportés en canailles, pour les juges qui étaient lâches, pour l'armée. S'ils n'ont pas participé aux exactions, ils n'ignoraient rien de leur ampleur. Et sans nous draper dans notre supériorité morale, il est temps d'arrêter de se raconter des histoires : tous ces gens ont un curriculum vitae douteux.

Le président Piñera [homme d'affaires de droite, élu en 2009], drôle de bête dans ce corral, n'a pas hésité à faire voler en éclats l'orgueilleux cynisme de ses pairs. Sans doute motivé par une éventuelle candidature présidentielle, il a mis dans l'embarras Evelyn Matthei [candidate de droite à la présidentielle, dont le père général a fait partie de la junte] et les chefs des partis de sa coalition [soulevant un tollé à droite en dénonçant, le 31 août, les "complices passifs" de la dictature]. Pour ma part, j'espère que ceux qui ont voté oui au référendum de 1988 [la victoire du non à la prorogation du pouvoir de Pinochet avait débouché sur la transition démocratique] ne prendront jamais la tête du pays [Evelyn Matthei avait voté oui]. En votant oui, quelles qu'en soient les raisons, ils ont raté l'examen politique le plus important de l'histoire du Chili.

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