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AFAENAC Association des Familles Adoptives d'Enfants Nés Au Chili

Les exploitations minières et forestières assèchent le Chili

Blog de l'AFAENAC

Par Caroline Albert
© reuters.

Cette semaine, plus de 100 organisations environnementales, sociales et indigènes ont protesté dans la capitale chilienne, Santiago, pour exiger que l'Etat reprenne le contrôle de la gestion de l'eau, privatisée par la dictature en 1981.

Plus de 6.000 personnes ont participé au "grand carnaval pour la récupération et la défense de l'eau" et les manifestants ont remis une lettre au président Sebastián Piñera pour dénoncer les pénuries d'eau affectant les communautés locales engendrées par des problèmes structurels régissant l'exploitation des ressources naturelles.

"Nous avons découvert qu'il y avait de l'eau au Chili, mais que le mur qui nous en sépare est appelé "profit" et a été construit par le code de l'eau en 1981, la Constitution, les accords internationaux comme le traité minier binational (avec l'Argentine) et, fondamentalement, l'imposition d'une culture où il est considéré comme normal que l'eau qui tombe du ciel ait des propriétaires". "Ce mur est en train d'assécher nos bassins, il est dévastateur pour les cycles de l'eau qui soutiennent nos vallées depuis des siècles, il sème la mort dans nos territoires et doit être abandonné dès maintenant", peut-on lire dans la lettre.

Un combat qui s'annonce difficile
C'est que l'industrie minière, qui utilise d'importantes quantités d'eau, est l'un des principaux piliers de l'économie chilienne, avec le cuivre, dont les exportations représentent un tiers des revenus du gouvernement. Et le code de l'eau, adopté lors de la dictature d'Augusto Pinochet, favorise grandement les entreprises puisque l'État a le droit d'accorder l'utilisation de l'eau à des sociétés, et ce gratuitement et à perpétuité, sans tenir compte des priorités locales en matière d'eau.

"Notre demande principale est l'abrogation de ce code qui nous refuse le droit d'avoir de l'eau pour vivre", explique Teresa Nahuelpan, une militante du Mouvement pour la défense de la mer à Mehuín, située à 800 km au sud de Santiago. Ce code "favorise les profits et les riches", selon elle.

Traité minier bilatéral
De même, les organisations réclament l'abrogation du traité minier bilatéral signé par le Chili et l'Argentine en 1997, autorisant les sociétés minières étrangères à utiliser toute l'eau et l'énergie nécessaires pour leurs opérations le long de la frontière entre les deux pays, soit sur plus de 4.000 kilomètres.

"En Amérique latine, les plus grandes concentrations d'eau douce se trouvent dans la cordillère des Andes, la maison de 80% des communautés autochtones du Chili, qui dépendent de ces sources d'eau pour leur survie" explique le dirigeant indigène Rodrigo Villablanca, président de la communauté Diaguita Sierra Huachacan dans le nord du Chili et porte-parole de "Hope of Life", comité écologique et culturel. "Ils forcent les peuples autochtones à quitter leurs terres et détruisent l'exploitation minière à petite échelle et l'élevage, sur laquelle les communautés dépendaient pour leur subsistance".

Un code insensé
"Nous lançons un appel au réveil de la population et demandons un accès à l'eau qui nous permette de continuer à vivre. Les territoires sont en train de s'assécher, il y a de nombreuses communautés qui n'ont plus d'eau et qui reçoivent l'eau par camions-citernes. C'est insensé!".

Hélas, un verdict de la Cour suprême vient de statuer sur le fait qu'il n'est pas illégal, pour une compagnie minière, de ne pas payer pour l'extraction de l'eau souterraine sur ses concessions. Les écologistes mettent en garde que cette décision pourrait créer un précédent juridique qui autoriserait les sociétés minières à utiliser l'eau sans aucun contrôle. "Ils assèchent notre pays", conclut Rodrigo Villablanca.

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