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AFAENAC Association des Familles Adoptives d'Enfants Nés Au Chili

Le Chili, terre d’accueil des Palestiniens

Blog de l'AFAENAC

En dehors du Moyen-Orient, la plus grande communauté de Palestiniens se trouve au Chili. Ils sont plus de 300 000 à y vivre, à 13 000 kilomètres de leur terre natale. Reportage dans la commune de Recoleta, à Santiago.

Dans la rue marchande de Recoleta, les drapeaux palestiniens flottent sur les devantures des vitrines. On ne peut pas faire un pas sans tomber sur une enseigne tenue par un Palestinien. Les premiers d’entre eux sont arrivés à la fin du XIXe siècle alors qu’ils fuyaient la Palestine pour ne pas faire leur service militaire au sein de l’Empire ottoman. Ces Palestiniens se sont d’abord regroupés dans la commune de Recoleta, à Santiago. Et aujourd’hui encore, la plupart des migrants palestiniens viennent s’y installer pour trouver du travail et se loger.

Salem travaille dans une minuscule boutique de vêtements. « Je suis arrivé en 1976 à l’âge de 24 ans. Le climat, les fruits, la nature, ici tout ressemble à la Palestine », dit-il. Comme Salem, les premiers migrants palestiniens ont été séduits par le climat méditerranéen de la région de Santiago. Lorsqu’ils ont quitté la Palestine à la fin du XIXe siècle pour échapper à la domination ottomane, beaucoup ont embarqué à bord de navires en direction de l’Espagne. Tentés par le « Nouveau Monde », ils ont poursuivi leur route jusqu’en Amérique du Sud. Ceux qui ont eu l’audace de traverser la cordillère des Andes ont trouvé au Chili une douceur de vivre qui leur a rappelé la Palestine. Ils n’en sont plus jamais repartis.

Les conflits qui ont ensuite déchiré les territoires palestiniens ont provoqué plusieurs vagues de migration. Juste à côté de la boutique de Salem, Michel vend des chemises fantaisies. Lui est parti de Bethléem après la guerre des Six-Jours. « La vie était trop difficile en Palestine et il n’y avait pas de travail, raconte-t-il. Je me suis installé au Chili en 1968. J’avais 7 oncles qui vivaient déjà là-bas. » Une rue plus haut, Jado, 40 ans, est le gérant d’un kebab. C’est après la seconde Intifada, en 2001, qu’il a décidé de quitter Beït Jala pour de bon. « Quand j’étais plus jeune, je manifestais dans les rues mais maintenant je me dis que ça ne vaut plus la peine. C’est pour ça que j’ai préféré partir. » A côté de la caisse, Jado a soigneusement disposé plusieurs images de la Vierge Marie, couleur pastel. Au Chili, plus de 90% des Palestiniens sont des chrétiens orthodoxes, originaires de Bethléem ou de Beït Jala.

« Des gens qui travaillaient dans la restauration »

La communauté compte une minorité de musulmans, comme Ali. Né à Bagdad, il a vécu pendant quatre ans dans un camp de réfugiés à la frontière de la Syrie et de l’Irak, jusqu’au jour où une délégation du gouvernement chilien est venue lui proposer l’asile. « C’était fin 2007. Ils voulaient faire venir des gens qui travaillaient dans la restauration. Comme c’est ce que je faisais, ils m’ont sélectionné », confie-t-il. Cent vingt réfugiés palestiniens sont ainsi choisis dans le cadre du programme Chili, terre d’accueil. Sept mois plus tard, Ali part pour Santiago avec sa famille. Le gouvernement met à sa disposition un appartement à Recoleta. Ali apprend l’espagnol, travaille dans une fabrique de chaussettes avant d’ouvrir sa pâtisserie en 2013.

Assis à la terrasse du Café Beït Jala, Rami, 35 ans, espère lui aussi devenir un jour son propre patron. C’est le chômage qui l’a poussé à quitter la Palestine. « Je suis arrivé fin juin et ce n’est pas facile. Je trouve qu’il y a du racisme ici. A mon travail, je dois surveiller d’autres employés qui, eux, sont Chiliens. Ils m’insultent en espagnol, ils insultent ma mère et mon pays », dit-il. Sur les murs du café, des photos de Beït Jala nourrissent la nostalgie des clients. Encadré tel un trophée, le maillot du Deportivo Palestino trône en bonne place. Cette équipe de football palestinienne, créée au Chili en 1920, fait la fierté de la communauté et alimente les discussions des hommes qui se rassemblent chaque matin pour prendre le premier café de la journée. « Même le maire vient ! », assure Rosalie, la propriétaire.

« Les premiers se sont installés là pour faire du commerce »

Daniel Jadue est le petit-fils d’un immigrant palestinien venu de Beït Jala. Né à Recoleta, il y a passé la plus grande partie de sa vie avant d’en devenir le maire il y a bientôt deux ans. Dans son bureau, il reçoit en bras de chemise et grignote des pâtisseries arabes. « Recoleta accueillait tout ce que la ville ne voulait pas voir, les marchés, les prostituées, les centres d’accueil, raconte-t-il. Les prix n’y étaient pas chers et les premiers Palestiniens se sont installés là pour faire du commerce. C’est ce qu’on fait quand on ne maîtrise pas une langue. Ensuite, pour s’intégrer et se divertir, ils ont fondé le Deportivo Palestino. Et pour achever leur intégration, ils ont créé des œuvres caritatives. » Daniel Jadue est aussi le vice-président de la Fédération palestinienne du Chili. « Deux fois par an, nous organisons une " Opération Retour " pour maintenir les liens de la communauté avec la terre de nos ancêtres. Certains vont en Palestine pour la première fois avec nous. »

« Je pensais qu’une fois mariée, il m’enverrait étudier au Chili »

Non loin de Recoleta, de l’autre côté de la rivière Mapocho, se trouve le quartier huppé de Las Condes. Marlène Sabag habite au 12e étage d’un immeuble moderne avec une vue imprenable sur la cordillère des Andes. A 73 ans, Marlène continue de se rendre à Bethléem chaque année. C’est là, dans sa ville natale, qu’elle a rencontré son époux à l’âge de 19 ans. Palestinien, il vit au Chili depuis plus de vingt ans déjà et tient une boutique de textile dans le centre-ville de Santiago. Marlène rêve de faire des études d’architecture à l’étranger. « Je pensais qu’une fois mariée, j’irais au Chili et qu’il m’enverrait étudier. » Elle l’épouse au bout d’un mois et rentre avec lui au Chili en 1960.

La jeune fille est vite déçue. « Mon mari m’a dit : " Tu restes avec moi et tu travailles ici." Alors, j’ai commencé à coudre des draps qui se sont vendus comme des petits pains. J’ai gagné de l’argent, je suis devenue indépendante et je suis partie à New York en 1972. J’ai demandé à mon oncle : " Quelle est la meilleure boutique de draps ici ?" Il m’a dit : " Cannon ". Je suis allée à l’usine, j’ai acheté deux conteneurs que j’ai fait venir au Chili et j’ai tout vendu en un mois. »

Marlène continue de vendre du linge de maison sous la franchise Cannon et les affaires de la famille Sabag prospèrent. La même année, elle retourne pour la première fois en Palestine. « Je me suis rendu compte que la guerre avait créé beaucoup de pauvreté. On m’a demandé de l’argent pour de la nourriture et des vêtements mais pour moi le plus important, c’était l’école. Alors, j’ai commencé à envoyer de l’argent directement à de bons collèges pour payer la scolarité de certains enfants très pauvres à Bethléem. »

Lorsque son mari décède, en 1985, Marlène s’engage auprès de l’association des « Dames palestiniennes ». Depuis ce jour, elle collecte de l’argent pour financer la scolarité de dizaines d’enfants chrétiens de Bethléem. A chacune de ses visites, Marlène vient vérifier les carnets de notes et aide ceux qui ont fini le lycée à entrer à l’université. « Une fois diplômés, la plupart partent travailler à l’étranger. Mais au moins, comme ça, ils peuvent aider leur famille », dit-elle en souriant.

http://www.rfi.fr/hebdo/20141121-chili-terre-accueil-palestiniens-santiago-recoleta-bethleem-beit-jala/

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