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AFAENAC Association des Familles Adoptives d'Enfants Nés Au Chili

Copiapo - Chili: Franklin Lobos, du ballon à la mine, transfert maudit (AFP)

Blog de l'AFAENAC

COPIAPO (Chili), 11 août 2010 (AFP)

 

Sur les terrains, sa spécialité était les coups francs. A la mine, il conduisait les engins acheminant les mineurs. Franklin Lobos, l'un de 33 mineurs piégés depuis six jours dans une mine du Chili, illustre le transfert maudit, mais pas rare, du ballon à la mine. Son portrait, ses faits d'armes ont circulé depuis quelques jours sur les sites internet chiliens, où les fans de foot se souviennent des tirs canons de celui qu'on appelait "le Mortier magique". Franklin Lobos, 20 ans après la fin de sa carrière, a droit à une nouvelle, sombre, page de notoriété.

 

"A 15 ans, mon oncle jouait déjà pour La Serena (1e division chilienne) puis à La Calera, Atacama, Cobresal, et aux Wanderers de Santiago", raconte un neveu de Lobos, dont la famille est réunie aux abords de l'entrée de la mine de San José, dans l'attente de bribes d'espoir des secouristes. Un éboulement jeudi y a piégé 33 hommes à plus de 300 m sous terre. Les efforts pour accéder à eux ont été frustrés par des éboulements samedi. Aucun contact n'a pu être établi avec les mineurs: on ignore s'ils ont survécu ou pu gagner un proche refuge près du lieu de la catastrophe. Jeudi dernier, Lobos faisait ce qu'il fait depuis trois mois dans cette petite mine de cuivre et d'or: conduire l'engin souterrain qui descend les mineurs jusqu'aux veines par la rampe principale, courant sur plusieurs kilomètres. Et les ressortir pour la pause-déjeuner.

 

Parce qu'il ne faisait qu'aller et venir, au lieu des hommes du fond qui travaillent la veine, Franklin, 55 ans, ne craignait pas trop la mine, explique sa famille rassemblée autour de sa voiture, restée sur le parking. D'ailleurs, il s'en est fallu de peu. Jeudi après-midi, deux camions étaient descendus amener les mineurs. Celui de Franklin Lobos, et un autre juste avant, qui a eu le temps de ressortir avant l'éboulement sous le "cerro", la colline sous laquelle court San José.

 

Des internautes se demandaient ces jours-ci comment un ancien footballeur professionnel vedette, qui joua pour la sélection chilienne (éliminatoires des Jeux Olympiques 1984), peut atterrir à la mine. "Il y a beaucoup d'anciens pros à la mine. Partout dans le nord" minier, explique Willian Lobos, son neveu, mineur lui aussi, mais dans une mine à ciel ouvert, a priori beaucoup moins risquée. "La vie de +pro+ est courte, jusqu'a 35-36 ans, et les compagnies minières, souvent les propriétaires de clubs, leur offrent après un travail à la mine.

 

Grandes, petites, moyennes, il y a beaucoup de mines par ici". L'ex-pro devait tout de même en rajouter pour boucler ses fins de mois. Franklin "a deux filles qui font des études, et pour gagner davantage combinait deux emplois", ajoute William. Chauffeur souterrain de mineurs une semaine sur deux, par tranches de 12 heures, et taxi les jours de repos dans la grande ville dortoir de Copiapo. Ivan Zamorano, une star du football chilien des années 90, qui fut buteur du Real Madrid, s'est souvenu de ses débuts avec Lobos, alors vedette du Cobresal de San Salvador, mais "un type humble, qui aidait les jeunes". "Je me rappelle d'une caractéristique que je n'ai jamais revue chez un autre joueur: l'effet qu'il donnait à ses coups francs en frappant avec la partie de la cheville", a déclaré Zamorano. "Quel malheur ce qui leur arrive... Puisse Dieu les sortir en vie".

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