Chili: 80.000 étudiants et lycéens dans les rues pour des moyens accrus (romandie.com)
SANTIAGO - Quelque 80.000 étudiants, lycéens et enseignants ont manifesté jeudi à Santiago, dans une des plus
fortes mobilisations de rue depuis cinq ans, pour réclamer à l'Etat des moyens accrus dans l'éducation, parent pauvre de la réussite économique chilienne.
Au moins 38 personnes, dont 26 mineurs, ont été arrêtés lors de troubles qui ont émaillé la fin de la
manifestation, selon des sources de la préfecture de Santiago, qui a confirmé la participation de 80.000 personnes environ.
Des manifestations ont aussi rassemblé quelques milliers de personnes à Valparaiso (centre), Concepcion et
Temuco (sud). Il s'agit d'une mobilisation sans précédent depuis 2006, quand une vague de manifestations, déjà du milieu scolaire, avait secoué le gouvernement socialiste de Michelle
Bachelet.
C'est désormais Sebastian Pinera, devenu début 2010 le premier président de droite du Chili depuis 20 ans, qui
est confronté au malaise structurel de l'éducation, ainsi qu'à une impopularité record. En mai 56% de Chiliens désapprouvaient son action et seuls 36% la jugeaient favorablement.
L'enseignement public au Chili a été historiquement négligé sous la dictature (1973-90), les lycées et collèges
étant délégués aux municipalités.
L'éducation souffre en outre d'un sous-investissement chronique et d'une grande inégalité de moyens et de
qualité entre établissement publics, mixtes, et privés réputés.
Enseignants et étudiants reprochent à l'Etat de ne consacrer que l'équivalent de 4,4% de son PIB à l'éducation,
bien en deçà des 7% recommandés par l'Unesco, alors que le Chili continue à jouir d'une croissance solide (9,8% au premier trimestre 2011, un chiffre inédit depuis 16 ans).
Le monde de l'éducation réclame la reprise en main par l'Etat des lycées et collèges. Il demande aussi des
ressources accrues, y compris pour l'enseignement supérieur, alors qu'une majorité d'étudiants doit s'endetter pour payer les frais d'inscription.
L'éducation n'est pas une marchandise, c'est un droit et le gouvernement doit le comprendre, a déclaré la leader
étudiante Camila Vallejo.
Le mouvement étudiant rassemble de plus en plus de gens, car nous invoquons un droit fondamental qui n'est pas
garanti au Chili, a-t-elle ajouté.
De fait, la grogne sociale ne cesse d'enfler contre le gouvernement Pinera, qui a aussi été confronté ces
dernières semaines à une forte mobilisation populaire contre un projet de barrages hydroélectriques dans la nature sauvage de la Patagonie (sud).