« Je suis née à 4 ans...quand j'ai été adoptée » (Ouest France)
Témoignage
« Mon premier souvenir, c'est l'arrivée en voiture à la maison. J'étais assise sur les genoux d'un de mes frères. À côté il y avait mon autre frère, ma soeur et... une énorme peluche. Je me suis tout de suite sentie attendue. Je savais que j'étais adoptée, point final. De toute façon, il suffisait de nous voir tous ensemble ! (Rires). Ils sont tous bruns aux yeux sombres. Moi, blonde aux yeux bleus.
La première fois que mon futur mari est venu chez nous, il a tiqué devant la photo de famille. C'est comme ça que je lui ai annoncé. Ça n'a jamais été un secret pour mon entourage. Mais on n'en parle pas spécialement.
« Je n'en veux pas à ma mère »
Je ne me suis jamais sentie différente de mes frères et soeur. Enfin, disons, que comme souvent la petite dernière dans une famille biologique, j'étais un peu la chouchoute !
À 16 ans, j'ai voulu en savoir plus sur mes origines. Je n'osais pas trop aborder la question avec mes parents. J'avais peur de les blesser. En fait, ils s'y attendaient. Ils m'ont accompagnée à la Ddass à Paris, où j'ai récupéré mon dossier. Il n'y avait que l'état civil de ma mère. Aucune explication. J'ai vu qu'elle avait 17 ans à l'époque. J'ai mieux compris l'abandon que si elle avait eu 30 ans par exemple. Je pense qu'elle a bien fait. Je ne lui en veux pas. À 17 ans, ça n'aurait pas été facile pour elle. C'est en tout cas ce que je me suis dit. Plutôt que d'imaginer un truc glauque. Que je sois le résultat d'un viol, par exemple...
« Reste la question : pourquoi ? »
J'ai cherché son nom sur Internet. Avec une grosse boule au ventre. Il y avait une page entière d'homonymes. Je ne suis pas allée plus loin. Je n'ai pas envie de la rencontrer. En tout cas, pas maintenant. Une lettre d'explication me suffirait. Parce que malgré tout, une question subsiste : pourquoi ?
Dans mon dossier, il y avait aussi quelques photos de l'époque d'avant, chez les nourrices. Et les « lettres de motivation » de mes frères et soeur qui écrivaient combien ils étaient « impatients d'avoir une nouvelle petite soeur ». Cette enveloppe, je ne l'ai ouverte qu'il y a une quinzaine de jours. Ce n'est que très récemment aussi que j'ai demandé à mes parents pourquoi il m'avait adoptée.
En fait, mon frère aîné avait une maladie génétique qui pouvait sauter une ou deux grossesses. Pas plus. Mes parents voulaient un 4e enfant et n'ont pas voulu prendre le risque. Je suis leur 4e enfant.
J'ai eu envie de témoigner de mon expérience devant les futurs adoptants, maintenant que j'ai construit ma vie. J'ai 31 ans, un mari, trois enfants. On entend souvent dire combien une adoption peut être douloureuse, comme il est difficile de se construire sans avoir de racines. Pour moi, ça s'est bien passé. C'est important de faire passer ce message-là aussi.
Le secret de la réussite ? Je pense qu'il est important que la situation soit claire pour l'adopté, comme pour son entourage. Alors, ce n'est pas un fardeau ».
Laurence PICOLO.
Ouest-France