Quel anniversaire pour un enfant adopté? (leparisien.fr)
Sur son acte d’état civil, Léonie est née le 1er mars 2008. Mais elle est arrivée d’Ethiopie à Roissy avec ses parents adoptifs sous la pluie le 3 novembre 2009, un jour intensément attendu que personne d’autre qu’elle n’a oublié. Et si son papa, Franck, souffle dans les ballons et fait le clown auprintemps, il ne peut pas s’empêcher de déboucher le Champomy au cœur de l’automne… Comme des milliers de familles dans lesquelles grandit un enfant adopté, Léonie a deux fêtes à elle dans l’année.
L’anniversaire officiel et l’autre, celui dont on ne parle jamais. « C’est pourtant
un jour essentiel, lui aussi », sourit Patricia Mowbray, présidente de l’association Racines d’enfance, adoptée elle-même à l’âge de 3 ans, il y a cinquante-cinq ans, par des parents
franco-britanniques. « C’est un jour de renaissance, le jour où on existe à nouveau pour d’autres yeux, le jour d’arrivée sur notre terre d’enfance, le jour où la mère devient mère, le père
devient père… »
Dans le livre qu’elle réédite aujourd’hui, « A comme adoption », magnifique ode
à cette aventure du point de vue de l’adopté, Patrica Mowbray a absolument tenu à ajouter un chapitre sur « l’anniversaire ». « Ici, en Occident, la date est très importante et le
rite entretenu parfois jusqu’à l’excès… Il ne s’agit pas de le rayer : les enfants en ont besoin puisqu’ils sont bien nés comme les autres, que tous leurs copains fêtent leur anniversaire.
Mais quand on est adopté, non seulement c’est un jour incertain parce qu’on a pu être déposé tardivement à l’orphelinat, mais c’est un jour sans témoin. Et c’est ça qui manque. » Les parents
peuvent y mettre des mots, certes, mais pas raconter. Certaines mamans ont même un pincement au cœur en repensant à ce jour où une autre femme a mis leur enfant au monde. Du coup, le vrai moment
ritualisable qui a du sens pour la famille et qui fait rejaillir de l’émotion positive, c’est celui de l’adoption. Les familles pourraient choisir de retenir la date de la rencontre, celle de
l’apparentement, du jugement… Mais dans 90% des cas, c’est celui de l’arrivée à la maison qui reste gravé dans le marbre.
« Pavel est rentré avec nous en France le 21 juin », se souvient en souriant la maman de ce petit bonhomme de 4 ans.
« Jamais nous n’oublierons ce jour, nos larmes sur le tarmac, les regards émus des hôtesses… Ça signifiait qu’on avait dépassé les obstacles, que notre vie à tous les
trois commençait… C’était la Fête de la musique et ça restera, aussi, la fête de Pavel. J’imagine que quand il sera plus grand, on fera un petit quelque chose ce jour-là, on l’emmènera au
restaurant… » Ce qui ne les empêchera pas de fêter dignement le vrai anniversaire de l’enfant.
D’ailleurs, pour Patricia Mowbray, il ne s’agit surtout pas de gommer « l’avant
adoption », ni d’en faire trop, de pourrir de cadeaux deux fois dans l’année un petit qui n’a rien demandé. Encore moins de lui mentir. « Au contraire, c’est juste l’occasion de
parler », conclut-elle. « L’émotion de ses parents qui se remémorent son arrivée est très rassurante pour l’enfant… Elle raconte à elle seule la manière dont il a été accueilli. Elle
lui permet simplement d’avoir, lui aussi, un « repère d’origine ».